Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/90

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Cependant, au milieu de ces calamités réunies, le pauvre comme le riche, le peuple comme la noblesse, prenaient au tournoi qui allait s’ouvrir, et qui était le grand spectacle de ces temps, un aussi vif intérêt que le bourgeois affamé de Madrid a coutume d’en prendre à un combat de taureaux, pour lequel il négligera jusqu’à sa nourriture du soir. Ni le devoir, ni la faiblesse et les infirmités n’empêchaient les jeunes et les vieux d’accourir à ces pompes. La passe d’armes, comme on l’appelait, qui allait avoir lieu à Ashby dans le comté de Leicester, devait réunir les champions de la plus haute renommée en présence du prince Jean lui-même, qui était attendu pour ajouter encore à la magnificence du spectacle ; un immense concours de personnes de tout rang et de toute condition s’était empressé dès le matin au lieu désigné pour le combat.

Ce lieu était singulièrement pittoresque : sur la lisière d’un bois, à un mille de la ville d’Ashby, était une vaste prairie couverte du plus beau gazon, bornée d’un côté par la forêt et de l’autre par de grands chênes isolés, dont quelques uns étaient d’une énorme grosseur. Le sol, comme disposé à dessein pour le jeu martial qui allait s’ouvrir, s’abaissait insensiblement des deux côtés jusqu’au niveau parfait, et était enfermé par de fortes palissades formant un espace d’un quart de mille en longueur et de la moitié en largeur.

Cet espace était carré, sauf les angles qui s’arrondissaient considérablement pour la commodité des spectateurs. Les ouvertures pour l’entrée des combattants se trouvaient aux extrémités nord et sud de la lice ; elles étaient fermées par de grosses portes en bois, chacune assez large pour laisser passage à deux cavaliers de front. À chacune de ces portes stationnaient deux hérauts, escortés de six trompettes, d’un même nombre de poursuivants d’armes, d’un fort détachement de troupes destinées à maintenir le bon ordre et à s’assurer de la qualité des chevaliers qui se proposaient de prendre part à la lice.

Sur une plate-forme, derrière l’entrée méridionale, et formée par l’élévation naturelle du terrain, se voyaient cinq magnifiques pavillons ornés de panonceaux rouges et noirs, couleurs choisies par les cinq chevaliers tenants. Les cordages des tentes étaient de même couleur. Devant chaque pavillon était suspendu le bouclier du chevalier par lequel il était occupé, et à côté se tenait son écuyer, déguisé en sauvage ou en homme des bois, ou revêtu de tout autre costume fantastique, suivant le goût de son maître et le caractère qu’il lui avait plu de prendre pour le combat. Le pavil-