Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/78

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cis semblaient gravés sur son visage ; mais je ne l’abordai point, ne le connaissant pas.

— Il ne trouvera, je le crains, dit la dame, que bien peu de motifs dans son pays natal d’éclaircir les nuages qui obscurcissent la sérénité de son front gracieux. Je vous remercie, bon pèlerin, de vos renseignements sur le compagnon de mon enfance. Approchez, dit-elle à ses suivantes, offrez la coupe du repos à ce saint homme, que je ne veux pas retenir plus long-temps. » L’une d’elles présenta une coupe d’argent plein d’un mélange de vin et d’épices, que Rowena effleura de ses lèvres, pour la passer au pèlerin qui, avec une humble obéissance, en but quelques gouttes.

« Accepte cette aumône, mon ami, continua-t-elle, en lui offrant une pièce d’or, comme une marque du vif intérêt que j’ai pris à ton pénible voyage, et de mon respect pour les lieux saints que tu as visités. » Le pèlerin reçut le don avec une révérence aussi profonde que la précédente, et suivit Edwina hors de l’appartement, pour retourner dans l’antichambre. Il y retrouva le domestique Anwold, qui, prenant la torche des mains de la suivante, le conduisit, avec plus de hâte que de cérémonie, dans la partie extérieure et la plus sale du château, où un certain nombre de petites chambres ou plutôt de cellules recevaient, pour y passer la nuit, les domestiques du dernier ordre et les étrangers d’une classe inférieure.

« Dans laquelle de ces cellules repose le Juif ? » demanda le pèlerin.

« Le chien de mécréant, répondit Anwold, croupit dans la cellule voisine de la vôtre. Par saint Dunstan, combien il faudra la racler et la nettoyer avant de la rendre propre à loger un chrétien !

— Et où sommeille le porcher Gurth ?

— Dans la cellule à votre droite, comme le Juif à votre gauche ; vous servez de séparation entre l’enfant de la circoncision et le gardien de ce qui est en abomination dans les tribus d’Israël. Vous eussiez occupé un endroit plus convenable si vous aviez accepté l’invitation d’Oswald.

— Je suis content de ceci, reprit le pèlerin, la compagnie même d’un juif ne saurait répandre la souillure à travers une cloison de chêne. »

Disant ces mots il entra dans le cabinet qui lui était destiné, et, prenant la torche des mains du domestique, il le remercia en lui souhaitant une bonne nuit. Il ferma alors la porte de la cellule, plaça la torche dans un candélabre de bois, et promena un regard scruta-