Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/65

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« Ces trêves avec les infidèles, s’écria-t-il sans s’inquiéter de la brusquerie avec laquelle il coupait la parole au fier templier, font de moi un homme bien vieux.

— Que veux-tu dire, imbécile ? » dit Cedric dont la physionomie annonçait qu’il était préparé à accueillir favorablement ses quolibets attendus.

« Parce que, répondit Wamba, je m’en rappelle trois, faites de mon temps, dont chacune devait durer cinquante ans ; de sorte que, tout bien compté, je dois à la fin avoir cent cinquante ans.

— Je vous empêcherai bien de mourir de vieillesse, » dit le templier, qui reconnut alors son ami de la forêt ; « je vous préserverai de tout autre genre de mort que d’une mort violente, si vous donnez aux voyageurs égarés des directions pareilles à celle que vous avez tracée ce soir au prieur et à moi.

— Comment, scélérat ! dit Cedric, tromper des voyageurs ! vous méritez de passer par les verges : car vous êtes pour le moins aussi méchant que fou.

— Je t’en prie, oncle, reprit le bouffon, permets que la folie excuse cette fois la malice ; je n’ai commis qu’une légère erreur, en prenant ma main droite pour ma main gauche, et celui qui a choisi un fou pour son conseiller et son guide peut bien pardonner une plus grande folie. »

La conversation fut interrompue par l’arrivée du domestique de la porte, qui annonça qu’un étranger demandait l’hospitalité.

« Qu’on l’amène ici, dit Cedric, quel qu’il soit ; dans une nuit comme celle-ci où l’orage est si violent, les animaux sauvages eux-mêmes cherchent la protection de l’homme, leur mortel ennemi, plutôt que de périr sous la fureur des éléments conjurés. Qu’on lui donne ce dont il a besoin ; veille à cela, Oswald. »

Le domestique sortit immédiatement pour exécuter les ordres de son maître.