Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/59

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Ces deux illustres personnages étaient suivis de leurs cortèges respectifs, et un peu derrière eux venait leur guide, dont la figure n’avait de remarquable que ce qui pouvait résulter de son costume de pèlerin. Un grand manteau de serge noire grossière, enveloppant tout son corps, avait la forme de celui d’un moderne hussard, avec un collet rabattu, tout-à-fait, analogue, pour couvrir ses bras, et appelé sclaveyn ou slavonien. De grossières sandales attachées à ses pieds nus avec des courroies, un large et épais chapeau bordé de coquilles de pétoncle, un long bâton ferré à l’extrémité duquel était fixé une branche de palmier, voilà tout ce qui composait l’attirail du pèlerin. Il suivit modestement le dernier des valets au moment où il se dirigeait vers la salle, et observant qu’à la partie inférieure de la table il y avait à peine assez de place pour les gens de Cedrie et la suite de ses hôtes, il alla s’asseoir sur un banc placé sous une des larges cheminées ; il semblait occupé à sécher ses vêtements jusqu’à ce que le départ de l’un des convives laissât à la table une place vacante, ou bien jusqu’à ce que le maître d’hôtel, s’il se conformait aux devoirs de l’hospitalité, lui fît apporter quelques rafraîchissements dans la place même qu’il avait choisie.

Cedric se leva pour recevoir ses hôtes, et leur offrit l’hospitalité d’un air majestueux et noble, et descendant du dais placé dans la partie élevée de la salle, il fit trois pas vers eux ; et s’arrêtant alors, il attendit leur approche.

« Je suis affligé, dit-il, vénérable prieur, qu’un vœu solennel m’empêche, dans le manoir de mes aïeux, de faire plus de trois pas en avant, surtout lorsqu’il s’agit de recevoir un hôte aussi distingué que vous, et ce vaillant chevalier de la sainte milice du Temple. Mais mon intendant vous a exposé la cause de mon apparente incivilité. Veuillez m’excuser également si, en vous parlant, je fais usage de ma langue natale, et si je vous prie en outre de me répondre dans le même langage, qui sans doute ne vous est pas inconnu. Dans le cas contraire, cependant, je comprends assez le normand pour pouvoir m’entretenir avec vous.

— Les vœux, dit l’abbé, doivent être accomplis, vertueux franklin, ou plutôt, permettez-moi de le dire, vertueux thane, quoique ce titre soit suranné ; les vœux sont les liens qui nous attachent aux cieux, les liens qui unissent la victime aux marches de l’autel ; et, comme je le disais tout-à-l’heure, les vœux doivent être exécutés, accomplis, à moins que notre sainte mère l’Église n’ordonne le contraire. Et quant à l’idiome, je ferai volontiers usage de celui que