Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/55

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pause, le couvre-feu qui force de braves gens à éteindre leurs lumières afin que les voleurs et les brigands aient plus de facilité de travailler dans l’ombre. Le couvre-feu ! Reginald Front-de-Bœuf et Philippe de Malvoisin savent le mettre à profit aussi bien que Guillaume le Bâtard, et qu’aucun des aventuriers normands qui se trouvèrent à la bataille de Hastings. J’apprendrai, je gage, que mes pourceaux ont été enlevés par quelques bandits affamés qui n’ont d’autres ressources que le vol et le pillage, et qui auront mis à mort mon fidèle esclave après lui avoir enlevé leur proie. Et Wamba, où est-il ? ne m’a-t-on pas dit qu’il était parti avec Gurth ? » Oswald répondit affirmativement.

« Cela va de mieux en mieux, le fou saxon aura aussi été enlevé pour servir un baron normand. Imbéciles que nous sommes de leur obéir ; et nous méritons autant leur mépris et leur rire que si nous n’étions nés qu’avec une demi-dose de sens commun. Mais je me vengerai, ajouta-t-il en sautant de son fauteuil avec impatience à l’outrage supposé, et en saisissant sa javeline ; je porterai ma plainte au grand conseil, j’ai des amis, j’ai des vassaux ; homme à homme j’appellerai le normand en défi ; qu’il vienne avec sa cotte de mailles, son casque d’airain, et tout ce qui peut rendre hardi un lâche ; j’ai de ma javeline percé des planches plus épaisses que trois de leurs boucliers de guerre. Peut-être me croient-ils vieux ; mais ils verront que, seul et sans enfans comme je le suis, le sang de Hereward coule encore dans les veines de Cedric. Ah ! Wilfred, Wilfred ! ajouta-t-il d’un ton plus bas, si tu avais pu dominer ta passion imprudente, ton père n’eût pas été abandonné à son âge comme le chêne solitaire qui présente ses rameaux isolés et sans appui à la fureur de la tempête ! «

Cette réflexion parut changer sa colère en tristesse. Remettant sa javeline à sa place, il se rassit dans son fauteuil, baissa les yeux et parut absorbé dans des pensées mélancoliques.

Il fut soudain tiré de sa rêverie par le son d’un cor, auquel répondirent aussitôt les aboiemens tumultueux de tous les chiens qui étaient dans la salle, au nombre de vingt ou trente, indépendamment de ceux qui se trouvaient dans les autres parties du château. La baguette blanche dut s’exercer un moment, et s’unir aux efforts des domestiques pour imposer silence à cette clameur canine. « Voyez vite à la porte, esclaves, s’écria le Saxon, dès que le tumulte lui permit de faire ouïr sa voix ; voyez vite et sachez quelle nouvelle ce cor nous annonce. J’appréhende, je le répète, quelque