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au dos de son siège, un court épieu garni d’une tête d’acier large et brillante ; dans ses excursions, cet épieu lui servait, selon l’occasion, d’arme offensive ou de bâton.

Quelques domestiques, dont le costume se ressentait et de la richesse du maître et du vêtement simple et grossier de Gurth le porcher, épiaient les regards et attendaient les ordres du dignitaire saxon. Deux ou trois serviteurs, d’un ordre plus élevé, se tenaient sous le dais derrière leur maître ; le reste occupait la partie inférieure de la salle ; étaient aussi présents d’autres serviteurs d’une espèce différente : deux ou trois lévriers robustes et velus, semblables à ceux qu’on emploie dans la chasse du cerf et du loup, autant de dogues d’une race élevée et vigoureuse, au cou épais, à la tête large, aux oreilles longues ; enfin deux ou trois petits mâtins, aujourd’hui appelés terriers, qui tous attendaient avec impatience l’arrivée du souper ; mais, doués de cette profonde sagacité particulière à leur race, ils se gardaient bien de rompre le capricieux silence de leur maître ; peut-être étaient-ils retenus par la crainte d’un petit bâton blanc placé près de l’assiette de Cedric, pour repousser les avances familières de ses serviteurs quadrupèdes. Un chien-loup hideux jouissait seul de la liberté réservée à un favori ; il était étendu près du siège de son maître, et il provoquait de temps en temps son attention en plaçant sa large tête velue sur les genoux de Cedric, ou le museau sur sa main. Il était de temps en temps repoussé par ce mot de commandement : « À bas, Balder, à bas ; je ne suis pas en humeur de jouer. »

Effectivement Cedric, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, ne se trouvait pas dans une tranquillité d’esprit satisfaisante. Lady Rowena, qui avait été absente pour assister à l’office du soir dans une église un peu éloignée, venait seulement de rentrer, et elle changeait ses vêtements qu’avait trempés l’orage. On n’avait pas encore de nouvelles de Gurth et de ses pourceaux, qui depuis longtemps auraient dû être ramenés de la forêt ; et tel était le peu de sécurité des propriétaires qu’on pouvait croire que ce retard venait de quelque déprédation commise par les outlaws dont fourmillaient les bois environnants, ou de la violence exercée par quelque baron voisin, qui, abusant de leurs forces, ne respectaient pas davantage les droits de la propriété. La chose était assez importante, car une grande partie de la richesse domestique des propriétaires saxons consistait en nombreux troupeaux de porcs, surtout dans les terres boisées où ces animaux pouvaient trouver facilement leur nourriture.