Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/486

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La jeune personne entra : sa figure était noble et imposante ; un long voile blanc la couvrait sans la cacher, et relevait l’élégance de sa parure, ainsi que la majesté de son maintien. Elle se présenta d’un air mêlé de respect et d’une assurance réservée, sans paraître chercher à gagner les bonnes grâces de celle devant qui elle se présentait. Lady Rowena, toujours disposée à accueillir les réclamations et à écouter les vœux des autres, se leva pour offrir un siège à la belle étrangère ; mais un coup d’œil que celle-ci jeta sur Elgitha, seule témoin de la conférence, lui fit voir qu’elle désirait lui parler en particulier. Sur un signe de sa maîtresse, la suivante sortit. Alors l’inconnue, à la grande surprise de lady Rowena, fléchit un genou devant elle, courba la tête, et malgré la résistance qu’elle lui opposait, saisit le bas de sa tunique et l’appuya sur ses lèvres.

« Que signifie cela, dit la belle Saxonne, et pourquoi me donnez-vous une marque de respect si extraordinaire ?

— Parce que c’est à vous, digne compagne d’Ivanhoe, » dit Rébecca en se relevant et reprenant la dignité naturelle de son maintien ; « parce que c’est à vous que je puis légitimement et sans avoir de reproches à me faire, offrir le tribut de reconnaissance que je dois à votre noble époux. Je suis… oubliez la hardiesse avec laquelle je suis venue vous présenter mes hommages… je suis la juive infortunée pour qui le nouveau compagnon de votre destinée a exposé sa vie en champ clos, à Templestowe.

— Damoiselle, repartit Rowena, Wilfrid, en ce jour mémorable, n’a fait que payer à demi la dette que vos soins charitables lui avaient fait contracter lorsqu’il était blessé et malheureux. Parlez, y a-t-il quelque chose en quoi lui et moi nous puissions vous servir ?

— Rien, répondit Rébecca avec calme, à moins qu’il ne vous plaise de lui transmettre mes adieux et l’expression de ma reconnaissance.

— Vous quittez donc l’Angleterre ? » dit Rowena revenue à peine de la surprise que lui avait causée cette visite inattendue.

« Oui, noble dame, avant que la lune change : mon père a un frère auprès du puissant Mohamed-Boabdil, roi de Grenade ; nous allons le retrouver, certains de vivre en paix et protégés, en payant le tribut que les musulmans exigent des Hébreux.

— Ne trouveriez-vous pas le même appui en Angleterre ? Mon époux jouit de la faveur du roi, et le roi lui même est juste et généreux.

— Je n’en doute point, noble dame ; mais le peuple en Angle-