Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/474

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clarer que je suis innocente, injustement condamnée ; car je ne veux pas me rendre moi-même coupable de ma mort. Dis-lui que je réclame le délai que les lois lui permettent de m’accorder, pour voir si Dieu, qui ne refuse pas à l’homme son secours à la dernière extrémité, me suscitera un libérateur : après quoi, que sa volonté s’accomplisse ! »

Le héraut se retira pour porter cette réponse au grand-maître.

« À Dieu ne plaise, dit Beaumanoir, qu’aucun homme, juif ou païen, puisse nous accuser d’injustice. Jusqu’à ce que l’ombre passe de l’ouest à l’est, nous attendrons pour voir s’il se présentera un champion pour combattre en faveur de cette malheureuse créature. Ce temps expiré, qu’elle se prépare à la mort. »

Le héraut alla porter la réponse du grand-maître à Rébecca, qui baissa la tête d’un air de soumission, croisa les bras sur sa poitrine, et, levant les jeux au ciel, parut attendre d’en haut le secours qu’elle ne pouvait guère se promettre des hommes. Pendant qu’elle se tenait dans cette attitude solennelle, la voix de Bois-Guilbert vint frapper son oreille ; et quoiqu’elle entendît à peine ses paroles, elles parurent la faire tressaillir plus profondément que ce que le héraut venait de lui dire.

« Rébecca, dit le templier, m’entends-tu ?

— Je n’ai rien de commun avec toi, homme dur et cruel.

— Cependant tu entends ma voix, dont le son m’épouvante moi-même. Je sais à peine où nous sommes, et pourquoi on nous a amenés ici. Ce champ clos ! ce siège ! ce bûcher ! oui, je sais ce que tout cela signifie ; mais tout cela me paraît comme un rêve, une vision effrayante qui abuse mes sens, et ma raison se refuse à croire à leur hideuse réalité.

— Mon esprit et mes sens ne partagent pas cette illusion : ils me disent que ce bûcher est destiné à consumer mon corps terrestre et à m’ouvrir un douloureux mais court passage dans un monde meilleur.

— Songes frivoles, Rébecca ! vain espoir que vos saducéens, vraiment sages, rejettent eux-mêmes. Écoute-moi, Rébecca, » continua-t-il d’un ton animé ; « tu peux encore sauver la vie et ta liberté, malgré la rage fanatique de ce vieux radoteur et de ceux qui l’entourent. Monte en croupe sur mon coursier, sur Zamor : il n’a jamais bronché sous son cavalier ; ce noble animal, que j’ai conquis dans un combat singulier contre le sultan de Trébisonde, n’a pas son égal pour la vitesse et la légèreté : monte en croupe, te dis-je,