Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/47

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partie des effets du vœ victis, ou des rigueurs infligées aux vaincus.

— Prieur Aymer, dit le templier, vous êtes un homme à bonnes fortunes, connaisseur en beauté, et tout aussi expert qu’un troubadour en matière de galanterie ; mais il faudra que cette célèbre Rowena ait des attraits bien séduisans pour contrebalancer l’abnégation et l’oubli que je devrai faire de moi-même, dans le but de m’attirer la faveur d’un rustre séditieux, comme vous m’avez dépeint son père, Cedric.

— Cedric n’est pas son père, répondit le prieur ; il n’en est qu’un parent éloigné ; elle descend d’aïeux d’un sang plus noble encore que celui dont il prétend venir, et il ne lui est uni par les liens de parenté qu’à un degré très éloigné. Cependant il est son tuteur, et c’est lui-même, je crois, qui s’est arrogé ce titre ; mais sa pupille lui est aussi chère que si elle était sa propre enfant. Pour la beauté de Rowena, vous en jugerez bientôt vous-même ; et si la pureté de ses grâces et l’expression douce et majestueuse de ses yeux bleus ne bannissent point de votre souvenir les jeunes filles aux cheveux noirs de la Palestine et les houris du paradis de Mahomet, je veux être infidèle et non plus un vrai fils de l’Église.

— Si votre belle si vantée, dit le templier, est mise dans la balance et pèse moins que vous ne l’annoncez, vous savez quelle est notre gageure.

— Mon collier d’or contre dix bottes de vin de Chios, répondit le prieur ; elles sont aussi sûrement à moi, que si je les tenais déjà dans les caves du couvent, sous les clefs du vieux Denis, le cellerier.

— Mais je dois être juge moi-même, dit le templier, et il faudra que j’avoue que je n’ai jamais vu de fille aussi jolie depuis la Pentecôte de l’an passé. Tenez-vous ainsi le pari ? Mon cher prieur, votre collier court de grands risques, je vous jure que je le porterai à mon cou dans le tournoi qui va s’ouvrir à Ashby-de-la-Zouche.

— Gagnez tout comme il vous plaira, dit le prieur ; j’espère seulement que vous répondrez en chevalier et en chrétien. Cependant, mon frère, suivez mon avis, et, croyez-moi, accoutumez votre langue à un peu plus de courtoisie que vos habitudes de commandement sur les esclaves infidèles et sur les captifs orientaux ne vous y ont formé. Cedric le Saxon, s’il était offensé, et il est facile à l’être, est un homme qui, sans respect pour votre titre de chevalier, pour mon office élevé et pour la sainteté de mon ministère, nous éconduirait de sa maison, et nous enverrait loger en plein vent avec les alouettes, quand même il serait minuit. Faites atten-