Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/463

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pour un habitant de l’autre monde que pour un habitant de celui-ci. Ils restèrent pétrifiés : mais lorsque j’eus renversé le sacristain d’un coup de poings, son compagnon m’alongea un coup d’un énorme bâton qui se trouva sous sa main.

— Je parierais la rançon d’un comte que c’était notre frère Tuck, dit Richard.

— Que ce soit le diable ou un moine, dit Athelstane, toujours est-il que fort heureusement il manqua son coup, et que, lorsque je m’approchai pour lutter avec lui, il s’enfuit à toutes jambes. Je ne perdis pas de temps pour débarrasser les miennes au moyen de la clef du cadenas que je trouvai parmi celles du trousseau du sacristain. J’éprouvai la tentation de lui casser la tête avec ce paquet de clefs ; mais le souvenir de la tranche de pâté et du flacon de vin que le drôle m’avait donnés dans mon cachot vint attendrir mon cœur, et, me contentant de lui alonger deux bons coups de pied, je le laissai étendu sur le plancher. Je mangeai un morceau de viande et bus quelques verres de vin à la santé des deux vénérables frères qui avaient préparé ce régal ; puis j’allai à l’écurie où je trouvai, dans un endroit séparé, mon bon palefroi que le père abbé destinait probablement à son usage particulier, et, sautant en selle, je revins ici de toute la vitesse de mon cheval, hommes et femmes fuyant devant moi partout où je passais, car ils me prenaient d’autant mieux pour un spectre, qu’afin de ne pas être reconnu j’avais fait retomber le linceul sur mon visage. Enfin, je crois que je n’aurais même pu entrer dans mon propre château, si l’on ne m’eût pris pour le compagnon d’un jongleur qui dans ce moment même amusait dans la cour du château les gens rassemblés pour célébrer les funérailles de leur seigneur : le concierge a sans doute cru, d’après mon costume, que je devais jouer un rôle dans quelqu’une de ces farces, et il m’a laissé entrer. Je n’ai pris que le temps de me découvrir à ma mère, de manger un morceau à la hâte, et je suis venu vous trouver ici, mon noble ami.

— Et vous m’avez trouvé, dit Cedric, prêt à reprendre le noble projet de rendre à notre pays son honneur et sa liberté ; car jamais jour plus favorable que celui de demain ne se lèvera pour délivrer la race saxonne.

— Ne me parle pas de délivrer qui que ce soit ; c’est bien assez que je me sois délivré moi-même. Ce qui m’occupe, c’est de punir ce scélérat d’abbé. Je veux le faire pendre au haut de la grande tour de Coningsburgh avec sa chape et son étole ; et si l’escalier est