Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/456

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dans un moment de deuil et d’affliction si profonde. En remettant ces hôtes à vos soins hospitaliers, mon digne parent, je suis certaine qu’ils recevront dans ma demeure l’accueil qui leur est dû. »

Les deux hôtes saluèrent la mère affligée, et se retirèrent avec leur guide. Celui-ci les fit monter par un escalier tournant dans un autre appartement situé au dessus de la chapelle, et de même grandeur. Avant que la porte fût ouverte, un chant mélancolique et lent se fit entendre. C’était un hymne que lady Rowena et trois autres jeunes filles chantaient pour le repos de l’âme du défunt. En voici quelques strophes, les seules qui aient été conservées :


L’homme n’est que poussière ;
Dans l’horreur des tombeaux
Sa dépouille grossière
Va terminer ses maux,
Et nourrir dans la Mère
L’avide fourmilière
Des rampants vermisseaux.

Ton âme est envolée
En des lieux inconnus,
Et sera consolée
Au séjour des vertus ;
Elle oubliera ses peines
Et les terrestres haines
Au milieu des élus.

Par ta grâce, ô Marie !
Protège notre vie
Qu’assiègent les tourments,
Jusqu’à ce que l’aumône
Et quelques vœux fervents
Nous gagnent la couronne
Qu’à leur trépas Dieu donne
Aux vertueux vivants.


Tandis que l’on chantait cet hymne funèbre d’une voix basse et triste, Cedric s’avança, et ils se trouvèrent en présence d’une vingtaine de jeunes Saxonnes appartenant à d’illustres familles, dont les unes travaillaient à broder, autant que leur habileté et leur goût le permettaient, un grand poêle de soie destiné à couvrir le cercueil d’Athelstane, pendant que les autres, recueillant des fleurs dans des paniers placés devant elles, en formaient des guirlandes de deuil. Si l’extérieur de ces jeunes filles n’annonçait pas une profonde affliction, du moins il était plein de décence : seulement, un chuchotement ou un sourire attirait parfois à quelques unes la ré-