Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/450

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couvrir, et de lui en donner avis : de sorte qu’il ne doutait pas que la route ne fût sûre. Quoi qu’il arrivât, le roi pouvait compter sur un secours très prochain, car lui, Locksley, s’apprêtait à le suivre avec le gros de sa troupe jusqu’à peu de distance de Coningsburgh. Ces sages et prudentes précautions prises pour sa sûreté touchèrent sensiblement Richard, et effacèrent en lui tout ressentiment de la petite ruse du capitaine braconnier : il lui tendit encore une fois la main, l’assura de son pardon et de sa faveur future, ainsi que de la résolution qu’il prenait de restreindre les règlements sur la chasse, en changeant des lois dont la rigueur avait poussé tant de braves gens à la rébellion. Mais la mort prématurée de Richard rendit nulles ses bonnes intentions, et Jean, qui lui succéda, cédant aux instances des grands vassaux de la couronne, promulgua la rigoureuse charte des forêts. Le reste de la vie de Robin Hood, ainsi que l’histoire de la trahison dont il fut victime, se retrouvent dans ces petits livres qu’on payait jadis un sou, et qu’aujourd’hui on croit avoir à bon marché lorsqu’on ne les paie que leur pesant d’or.

Le chef des outlaws remplit sa promesse, et le roi, suivi d’Ivanhoe, de Gurth et de Wamba, arriva sans nul accident en vue du château de Coningsburgh avant le coucher du soleil.

Il existe en Angleterre peu de paysages plus beaux et plus imposants que le voisinage de cette antique forteresse saxonne. La rivière du Don promène ses eaux paisibles à travers un amphithéâtre dans lequel les plaines sont richement entrecoupées de collines et de bois ; et ce vieil édifice, dont le nom saxon indique l’antiquité, s’élève sur une montagne dont la rivière baigne le pied. Environné de murailles et de tranchées, il était, avant la conquête, une résidence des rois d’Angleterre ; les murs extérieurs semblent avoir été construits par les Normands, mais l’intérieur porte encore aujourd’hui l’empreinte d’une haute antiquité. Il s’élève à mi-côte sur une colline, et la tour principale, située dans un angle de la cour intérieure, forme un cercle d’environ vingt-cinq pieds de diamètre ; le mur en est d’une épaisseur énorme, et six arcs-boutants qui partent de la demi-lune paraissent la supporter. Ces arcs-boutants, massifs dans presque toute leur longueur, sont creux vers le sommet, et se terminent par des espèces de tourelles qui communiquent avec l’intérieur de la tour même. Vu à une certaine distance, cet énorme édifice avec son bizarre entourage offre autant de charmes aux yeux d’un amateur du pittoresque que l’intérieur du château présente d’intérêt à l’antiquaire avide dont l’imagination se transporte