Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/448

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à la moindre provocation, est tout prêt à se servir de ses dents et de ses griffes.

— Vous avez saisi ma pensée. Mes hommes sont grossiers par habitude et par nature ; le roi est aussi fougueux qu’il se montre jovial : je redoute le moment où l’on pourrait l’offenser, où même il pourrait, sans motif, se croire offensé. Il est temps que ce repas finisse.

— Avisez donc aux moyens d’y mettre fin, loyal Robin ; car, pour moi, je crois que chaque mot que j’ai hasardé à ce sujet n’a servi qu’à le faire prolonger.

— Dois-je prononcer une parole qui peut-être me fera perdre la faveur de mon souverain ? se dit Robin Hood. Oui, de par saint Christophe, il le faut ! Je ne serais pas digne de ses bontés si je ne m’exposais à les perdre pour lui rendre service… Scathlock, un mot :… prends ton cor, passe derrière ce taillis, et sonne un air normand ; hâte-toi ; ta vie m’en répond. »

Scathlock obéit à son capitaine, et au bout de cinq minutes le son du cor fit tressaillir les convives.

« C’est le cor de Malvoisin, » dit Miller en se levant avec promptitude et en saisissant son arc. L’ermite posa vivement le flacon qu’il tenait, et saisit à deux mains son bâton. Wamba, s’arrêtant court au milieu d’une bouffonnerie, s’élança sur son sabre et saisit son bouclier. En un mot, chacun se jeta sur ses armes.

Les hommes habitués à une vie précaire passent facilement des festins aux combats. Pour Richard lui-même, ce changement était un nouveau plaisir ; il demanda son casque et les parties les plus pesantes de son armure qu’il avait quittées ; et, tandis que Gurta l’aidait à s’en couvrir, il enjoignit strictement à Wilfrid, sous peine d’encourir sa disgrâce, de ne prendre aucune part à la lutte qu’il croyait très prochaine.

« Tu as combattu cent fois pour moi, Wilfrid, lui dit-il, tandis que je restais simple spectateur : aujourd’hui c’est à ton tour à voir comment Richard se bat pour son ami et ses sujets. »

Cependant Robin Hood avait envoyé plusieurs de ses compagnons de divers côtés, comme pour reconnaître l’ennemi y enfin, voyant que tous les convives étaient dispersés, il s’approcha de Richard, qui était complètement armé, et, mettant un genou en terre, il supplia son roi de lui pardonner.

« Ne l’ai-je pas déjà fait, brave archer ? » dit Richard d’un ton d’impatience ; « ne t’ai-je point accordé le pardon de toutes les fau-