Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/439

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le chevalier Noir remercia ses libérateurs avec un air de dignité que jusqu’alors ils n’avaient pas remarqué en lui : car ses manières annonçaient moins un personnage de haut rang qu’un soldat de fortune.

« Avant de vous exprimer ma reconnaissance, mes braves amis, leur dit-il, il m’importe de savoir quels sont les ennemis qui m’ont attaqué sans aucun motif apparent. Wamba, lève la visière du chevalier Bleu, qui paraît être le chef de ces brigands. »

Le bouffon courut au chef des assassins, qui, froissé par sa chute et embarrassé sous son cheval, ne pouvait ni fuir ni faire résistance.

« Allons, vaillant chevalier, lui dit-il, il faut que je sois votre armurier après avoir été votre écuyer. Je vous ai fait descendre de cheval ; maintenant je vais vous débarrasser de votre casque. »

En parlant ainsi, il dénouait sans plus de cérémonie les cordons du casque qui, roulant à terre, montra au chevalier Noir des traits qu’il était loin de s’attendre à voir.

« Waldemar Fitzurse ! » s’écria-t-il frappé de surprise. « Et quel motif a pu pousser un homme de ton rang et de ta naissance à un acte aussi infâme ?

— Richard, » répondit le chevalier captif en le regardant avec fierté, « tu connais peu le cœur humain, si tu ne sais pas à quoi l’ambition et la vengeance peuvent entraîner un fils d’Adam.

— La vengeance ! je ne t’ai jamais fait aucun mal. Quelle vengeance veux-tu donc tirer de moi ?

— Richard, tu as dédaigné la main de ma fille ! N’est-ce pas là une injure que ne peut pardonner un Normand dont le sang est aussi noble que le tien ?

— La main de ta fille ! et telle est la cause de ton inimitié ? tel est le motif qui te portait à m’assassiner !… Mes amis, éloignez-vous un peu ; j’ai besoin de lui parler seul à seul… Maintenant que personne ne nous entend, Waldemar, dis-moi la vérité : qui t’a porté à cet acte de scélératesse ?

— Le fils de ton père ; et en agissant ainsi, il vengeait ton père de ta désobéissance envers lui. »

Les yeux de Richard étincelèrent de fureur, mais il reprit bientôt son sang-froid habituel. La main appuyée sur son front, il resta un moment immobile en regardant Fitzurse, dans les traits de qui l’orgueil et la honte se combattaient.

« Tu ne me demandes pas merci, Waldemar ? dit le roi.