Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/437

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bonne paire de jambes, et laissera la valeur chercher toute seule sa route à travers la forêt.

— Tu as vaincu, Wamba, tu as trouvé le côté faible ; d’ailleurs, je n’ai pas le temps de me quereller avec toi : garde le cor, et poursuivons notre chemin.

— Vous me promettez de ne pas me maltraiter, sire chevalier ?

— Je te le promets.

— Foi de chevalier ? » continua Wamba en se rapprochant avec précaution.

« Foi de chevalier ! mais hâtons le pas.

— Ainsi donc, voilà la valeur et la folie réconciliées encore une fois, » dit le bouffon en se replaçant auprès du chevalier ; « mais, voyez-vous, je n’aurais pas aimé à recevoir un coup de poing comme celui que vous appliquâtes à l’ermite quand sa pieuse personne roula sur l’herbe comme une quille. Mais à présent que la folie porte le cor, il est temps que la valeur se lève et secoue sa crinière ; car, si je ne me trompe, je vois là-bas de la compagnie qui nous attend.

— Qui te le fait présumer ?

— Je viens de voir étinceler à travers le feuillage quelque chose qui ressemble à un morion. Si c’étaient d’honnêtes gens, ils suivraient le sentier ; mais cette broussaille est une retraite convenable pour les clercs de Saint-Nicolas.

— Par ma foi ! » dit le chevalier en baissant sa visière, « je crois que tu as raison. »

Il était temps ; car au même instant trois flèches vinrent frapper son armure, et l’une d’elles lui fût entrée dans la tête si la visière de son casque n’eût été baissée ; les deux autres furent parées par le bouclier qui était suspendu à son cou.

« Grand merci ! ma bonne armure, dit le chevalier ; Wamba, il faut montrer de la vigueur ; » et il se précipita vers le taillis. Il y fut aussitôt assailli par sept hommes qui avaient mis la lance en arrêt. Trois de ces armes le touchèrent, et se brisèrent sur lui comme si elles eussent rencontré une tour d’airain. Les yeux du chevalier Noir semblaient lancer le feu par les ouvertures de sa visière. Il se leva sur ses étriers, et s’écria d’un ton plein de dignité : « Que signifie ceci, mes maîtres ? » Les assaillants ne lui répondirent qu’en tirant leurs épées et en l’attaquant de toutes parts en poussant ce cri : « Mort au tyran ! »

« Ah ! saint Édouard ! saint George ! » s’écria le chevalier Noir