Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/436

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seront écorchés tout vifs, je vous en réponds. Et cependant, » ajouta-t-il en se rapprochant du chevalier, « il est possible de rencontrer dans les bois des compagnons encore plus dangereux que les outlaws.

— Et qui donc ? Je crois qu’il ne s’y trouve ni loups ni ours.

— Les hommes d’armes de Malvoisin. Apprenez que, dans un moment de trouble, une demi-douzaine de ces gens-là sont plus dangereux qu’une bande de loups enragés. Ils ont été recrutés parmi ceux qui ont échappé à la mort à Torquilstone, et ils respirent la vengeance : si nous en rencontrions une troupe, elle nous ferait payer un peu cher nos exploits. Maintenant, sire chevalier, permettez-moi de vous demander ce que vous feriez si deux de ces gens fondaient sur nous.

— Je les clouerais contre terre avec ma lance.

— Mais s’ils étaient quatre ?

— Je les ferais boire à la même coupe.

— S’ils étaient six, tandis que nous ne sommes que deux, ne vous rappelleriez-vous pas alors le présent de Locksley ?

— Quoi ! je demanderais du secours contre une pareille rascaille[1], qu’un bon chevalier fait fuir devant lui, comme le vent disperse les feuilles desséchées !

— Alors, je vous prierais, sire chevalier, de vouloir bien me permettre d’examiner de plus près le cor dont le son a un pouvoir si merveilleux. »

Le chevalier, pour satisfaire à la curiosité du bouffon, détacha le cor de son baudrier, et le remit à Wamba, qui aussitôt le pendit à son cou.

« Tra-lira-la, » dit-il en imitant de la voix les notes convenues. « Je connais ma gamme aussi bien qu’un autre.

— Que veux-tu dire, drôle ? Rends-moi le cor.

— Contentez-vous, sire chevalier, de savoir que j’en aurai soin. Quand la valeur et la folie voyagent ensemble, la folie doit porter le cor, parce que c’est elle qui souffle le mieux.

— Wamba, ceci passe les limites du respect, dit le chevalier. Prends garde de pousser ma patience à bout !

— Point de violence, sire chevalier, » dit Wamba en s’écartant à une certaine distance, « ou la folie vous montrera qu’elle a une

  1. Vieux mot qui se retrouve encore dans la langue française, mais devenu trivial, racaille ; il dérive de rascal, qui se traduirait aujourd’hui par celui de faquin. a. m.