Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/434

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ensemble.


L’Écossais, le Gallois, rebutés de la belle »
Vont chercher un autre tendron ;
Car au fermier de Kent, à sa rente annuelle,
Aucune veuve n’a dit non.


« Je voudrais, Wamba, dit le chevalier, que notre hôte du grand chêne, ou le joyeux moine son chapelain, entendissent cette chanson à la louange de notre yeoman-farmer.

— Pour moi, je ne m’en soucierais pas, si je ne voyais le cor suspendu à votre baudrier.

— Oui, c’est un gage de l’amitié de Locksley, quoique je sois presque persuadé que je ne serai jamais dans la nécessité d’en faire usage. Trois mots sur ce cor, et je suis sûr de voir accourir à notre aide une bande de braves archers.

— Je dirais à Dieu ne plaise que nous les rencontrions, si ce cor ne m’assurait qu’ils n’exigeraient pas de nous un droit de passe.

— Que veux-tu dire ? Penses-tu que sans ce gage d’amitié ils oseraient nous attaquer ?

— Je ne dis rien, car ces arbres peuvent avoir des oreilles, aussi bien que les murailles. Mais répondez à votre tour, sire chevalier : quand vaut-il mieux avoir sa cruche et sa bourse pleines ou vides ?

— Ma foi ! jamais, je pense.

— Vous mériteriez de ne voir jamais pleine ni l’une ni l’autre, pour m’avoir fait une semblable réponse. Il vaut mieux vider sa cruche avant de la passer à un ivrogne, et laisser sa bourse à la maison avant de s’aventurer dans un bois.

— À vos yeux, nos amis sont donc des voleurs ?

— Je n’ai pas dit cela, beau chevalier, répondit Wamba ; mais un voyageur peut soulager son cheval en le déchargeant d’un fardeau inutile, et un homme soulager son semblable en lui ôtant ce qui est la source de tout mal. Je ne veux donc pas injurier ceux qui rendent de tels services ; seulement, si je rencontrais ces braves gens sur mon chemin, je voudrais avoir laissé ma malle et ma bourse chez moi, afin de leur éviter la peine de m’en débarrasser.

— Nous devons prier pour eux, mon ami, nonobstant l’idée flatteuse que tu en donnes.

— Je prierai pour eux de tout mon cœur, mais au logis et non dans la forêt ; non comme l’abbé de Saint-Bees, qu’ils contraignirent à chanter un psaume dans le creux d’un arbre, en guise de stalle.