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et de son maître, n’est pas moins aujourd’hui qu’un homme libre ; et nous reçûmes tous deux la bastonnade pour être restés au lit deux bonnes heures après le lever du soleil afin de répéter notre romance. Rien qu’en songeant à l’air, il me semble que les épaules me font mal. Cependant, pour vous faire plaisir, j’ai chanté la partie d’Anna-Marie. »

Le bouffon passa ensuite à une autre chanson comique, dans laquelle le chevalier accompagnait ou le laissait chanter seul, comme on va le voir.


LA VEUVE DE WYCOMBE.


le chevalier et wamba


Trois preux galants de l’est, du nord et du couchant
(Mes amis, chantons à la ronde),
Ensemble courtisaient certaine veuve blonde :
De qui la veuve a-t-elle écouté le penchant ?

Le premier qui parla, venu de Tynedale[1],
Se prétendait issu d’aïeux de grand renom :
Devant cette origine, ingénieux dédale,
La veuve dira-t-elle non ?

Son père était un laird[2], son oncle était un squire[3] ;
Son orgueil égalait celui d’Agamemnon.
Elle lui dit : Ailleurs va conter ton martyre ;
À tes vœux ma réponse est non.


wamba.


Celui du nord jura sur son âme et sa race
Qu’il était gentilhomme et valeureux Gallois.
Elle lui dit : Grand bien vous fasse !
Je ne vivrai pas sous vos lois.

Il s’appelait David ap Tudor Morgan Rhice :
C’est trop de noms, lui dit-elle en riant.
Une veuve auprès d’eux aurait trop de service ;
Offrez ailleurs votre soupir brûlant.

Mais du comté de Kent, un beau fermier arrive,
Chantant sa joyeuse chanson :
La veuve à son aspect cesse d’être rétive ;
Il est riche et gaillard : elle ne dit plus non.

  1. Pays sur la limite de l’Angleterre et de l’Écosse. a. m.
  2. Gentilhomme écossais. a. m.
  3. Gentilhomme anglais. a. m.