Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/427

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


m’excuser), je compte sur vous pour faire ma paix avec Cedric, si mon esprit vient à faillir.

— Et que pourrait ma faible valeur, si ton esprit venait à échouer ? Apprends-moi cela.

— L’esprit, noble chevalier, peut faire bien des choses : c’est un fripon vif et intelligent, qui voit le côté faible de son voisin, qui en profite, et qui sait se tenir à l’écart lorsque l’orage des passions vient à gronder trop haut ; mais le courage est un compagnon vigoureux qui brise tout : il rame à la fois contre vent et marée, et poursuit son chemin malgré tous les obstacles. Ainsi, bon chevalier, si je me charge de la direction de notre noble maître dans le beau temps, j’espère que vous vous en chargerez durant la tempête.

— Sire chevalier au cadenas, puisque votre bon plaisir est de vous faire donner ce nom, dit Ivanhoe, je crains que vous n’ayez pris pour guide un fou bien bavard et bien importun ; mais il connaît tous les sentiers de nos bois aussi bien que le meilleur des gardes qui les fréquentent ; et le pauvre diable, comme vous l’avez pu voir, est aussi fidèle que le bon acier.

— S’il a le talent de me montrer le chemin, dit le chevalier, je ne serai pas fâché qu’il fasse ce qu’il pourra pour me le rendre agréable. Adieu, mon cher Wilfrid : je te recommande de ne pas songer à te mettre en voyage avant demain. »

En parlant ainsi, il présenta sa main à Ivanhoe, qui la pressa contre ses lèvres ; prenant ensuite congé du prieur, il monta à cheval et partit avec Wamba. Ivanhoe les suivit des yeux jusqu’à ce que les arbres de la forêt les eussent dérobés à ses regards, puis il rentra dans le couvent. Mais bientôt il demanda à voir le prieur. Le vieillard accourut en toute hâte, et s’informa avec inquiétude si ses blessures le faisaient souffrir.

« Je me trouve mieux, » lui répondit Wilfrid, « beaucoup mieux que je ne l’espérais ; ma principale blessure est moins profonde que je ne l’avais cru d’abord, d’après la faiblesse où m’avait réduit la perte de mon sang : peut-être aussi le baume employé pour la guérir a-t-il une merveilleuse efficacité. Je me sens presque assez fort pour porter une armure, et je suis tellement bien que j’éprouve en quelque sorte le besoin de ne pas rester plus longtemps dans l’oisiveté.

— À Dieu ne plaise que le fils de Cedric sorte de mon couvent avant que ses blessures soient cicatrisées ! s’écria le prieur. Ce serait une honte pour la communauté si je le souffrais.