Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/425

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auras été étranger à sa fin tragique ; et tout le blâme en retombera sur le grand-maître, qui néanmoins s’en fera gloire.

— Tu as raison : si aucun champion ne paraît dans la lice, je n’aurai rien à me reprocher, et je ne serai que partie du spectacle ; monté sur mon palefroi et couvert de mes armes, je ne prendrai aucune part à ce qui doit en résulter.

— Pas la moindre ; pas plus que la bannière de Saint-George quand on la porte dans une procession.

— Eh bien ! ma résolution est prise. La juive m’a rebuté, méprisé, accablé de reproches : pourquoi lui sacrifierais-je l’estime que j’ai acquise parmi les miens ? Oui, Malvoisin, je paraîtrai dans l’arène. »

À ces mots il sortit en hâte de l’appartement ; mais le précepteur le suivit pour le surveiller et pour le confirmer dans sa résolution. Albert de Malvoisin portait le plus vif intérêt à Bois-Guilbert, car il espérait, dans le cas où celui-ci deviendrait grand-maître de l’ordre, s’élever jusqu’aux premières dignités. Il avait d’ailleurs un motif bien puissant encore pour agir comme il le faisait : c’étaient les promesses que lui avait prodiguées Conrad de Montfichet s’il contribuait à la condamnation de l’infortunée Rébecca. Cependant quoique, en combattant les sentiments de compassion qui s’élevaient dans le cœur de son ami, il eût sur lui tout l’avantage que l’astuce et l’égoïsme donnent sur un homme agité par des passions violentes et opposées, il eut besoin de toute son adresse pour maintenir Bois-Guilbert dans la résolution qu’il lui avait fait adopter. Il fut contraint de le surveiller de très près, pour l’empêcher de reprendre ses projets de fuite, ou pour faire avorter son dessein de revoir le grand-maître et d’en venir à une rupture ouverte avec lui ; enfin, il fallut qu’il revînt fréquemment sur les sophismes à l’aide desquels il était parvenu à lui prouver qu’en paraissant dans la lice comme champion de l’ordre, lui, Bois-Guilbert, sans hâter ni retarder le sort de Rébecca, suivrait la seule voie par laquelle il lui était possible de mettre à couvert tout ensemble son honneur et sa réputation.