Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/422

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parmi les nations étaient alors un peuple d’avares et d’usuriers. Sache aussi, orgueilleux chevalier, que nous comptons parmi nous des noms auprès desquels votre noblesse la plus ancienne n’est que comme la courge rampante comparée au cèdre ; des noms qui remontent à ces temps reculés où la majesté visible du Très-Haut placé entre les chérubins faisait trembler le propitiatoire ; des noms qui ne tirent leur splendeur d’aucun prince de la terre, mais de la voix céleste qui ordonna à leurs pères de s’approcher de ses saints autels : tels étaient les princes de la maison de Jacob. »

Les joues de Rébecca s’animèrent pendant qu’elle vantait ainsi l’ancienne gloire de sa race ; mais ses couleurs s’évanouirent lorsqu’elle ajouta en soupirant : « Oui, tels étaient les princes d’Israël, mais tels ils ne sont plus ; aujourd’hui ils sont foulés aux pieds comme l’herbe fauchée, et repoussés dans la boue des grands chemins. Cependant il s’en trouve encore parmi eux qui ne démentent pas leur antique origine, et tu verras que la fille d’Isaac, fils d’Adonikam, est de ce nombre. Adieu ; je n’envie ni tes honneurs achetés par des flots de sang, ni tes barbares ancêtres venus des contrées du Nord, ni ta foi, qui est toujours dans ta bouche et jamais dans ton cœur ni dans tes œuvres.

— De par le ciel ! tu as jeté un sort sur moi, s’écria le templier ; je suis porté à croire que ce squelette vivant, notre grand-maître, a dit la vérité, car le regret avec lequel je me sépare de toi a quelque chose de surnaturel. Créature enchanteresse ! » ajouta-t-il en s’approchant plus près d’elle, mais d’un air respectueux ; « si jeune et si belle, si affranchie des craintes de la mort, et pourtant condamnée à mourir de la manière la plus cruelle et la plus ignominieuse ! qui pourrait ne pas s’attendrir sur ton sort ? Les larmes, qui depuis vingt ans n’avaient pas coulé de mes yeux, les remplissent aujourd’hui, et je les sens ruisseler sur mes joues en te considérant. C’en est donc fait ! rien ne peut désormais te sauver. Toi et moi, nous ne sommes que les aveugles instruments d’une fatalité irrésistible qui nous poursuit, comme deux vaisseaux poussés l’un contre l’autre par la tempête, et se heurtant, s’abîmant ensemble dans les flots irrités. Pardonne-moi donc, et séparons-nous du moins en amis. J’ai vainement essayé d’ébranler ta résolution, et la mienne est aussi inflexible que les arrêts immuables du destin.

— C’est ainsi, dit Rébecca, que les hommes rejettent sur le destin les conséquences de leurs violentes et aveugles passions… Je vous pardonne, Bois-Guilbert, quoique vous soyez la cause de