Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/411

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des hommes puissants de son peuple ; et comme il a été notre compagnon dans la maison de servitude, il est possible qu’il détermine quelqu’un d’entre eux à venir combattre pour moi. Et dis-lui, dis à Wilfrid, fils de Cedric, que Rébecca, soit qu’elle vive, soit qu’elle meure, vivra et mourra tout-à-fait innocente du crime dont on l’accuse. Mon père, si c’est la volonté de Dieu que tu sois privé de ta fille, ne demeure pas long-temps sur cette terre de sang et de cruauté, mais retire-toi à Cordoue, pour y passer le reste de tes jours auprès de ton frère : il y vit en sûreté, à l’ombre du trône de Boabdil, ce redoutable Sarrasin ; car moins affreuses sont les cruautés des Maures envers la race de Jacob, que celles des Nazaréens d’Angleterre. »

Isaac écouta assez tranquillement la lecture de cette lettre ; mais, lorsque Ben-Samuel l’eut terminée, il recommença ses cris et ses démonstrations de douleur à la manière orientale, déchirant ses vêtements, couvrant sa tête de poussière, et s’écriant :

« Ma fille ! ma fille ! la chair de ma chair ! les os de mes os !

— Cependant, dit le rabbin, il faut prendre courage, car le chagrin ne remédie à rien. Ceins tes reins, et va à la recherche de ce Wilfrid, fils de Cedric. Peut-être t’aidera-t-il de ses conseils ; peut-être même trouvera-t-il du secours, car ce jeune homme est en grande faveur auprès de Richard surnommé par les Nazaréens Cœur-de-Lion, qui, nous en sommes assurés, est de retour en ce pays. Il peut se faire qu’il obtienne du roi des lettres scellées de son sceau, défendant à ces hommes de sang, qui déshonorent le Temple, d’où ils ont tiré leur nom, de donner suite à leurs iniques procédures.

— J’irai à sa recherche, dit Isaac, car c’est un brave jeune homme, qui a eu compassion de l’exilé de la terre de Jacob. Mais il ne peut encore se revêtir de son armure, et quel autre chrétien voudra combattre pour la fille opprimée de Sion ?

— Frère, tu parles comme un homme qui ne connaît point les gentils ; avec de l’or tu achèteras leur valeur, comme avec de l’or tu achèteras ta sûreté. Prends courage, et hâte-toi de chercher ce Wilfrid d’Ivanhoe. Moi aussi, je vais me mettre en route et travailler pour toi, car ce serait un grand crime que de te laisser seul sous le poids d’une telle calamité. Je vais me rendre à York ; un grand nombre de vaillants guerriers y sont assemblés, et je ne doute pas que parmi eux je n’en trouve quelqu’un qui consentira à combattre pour ta fille ; car l’or est leur Dieu, et pour de l’or ils en-