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longue épée comme les chevaliers en avaient alors. Un second écuyer portait la lance de son maître, à l’extrémité de laquelle flottait une petite banderolle où était peinte une croix de la même forme que celle du manteau. Il portait aussi un petit bouclier triangulaire, assez large du haut pour défendre la poitrine, et diminuant graduellement des deux côtés pour se terminer en pointe par le bas. Ce bouclier était couvert d’un drap écarlate, ce qui empêchait d’en apercevoir la devise.

Ces deux écuyers étaient suivis de deux autres, dont les noirs visages, les turbans blancs et les vêtemens d’une forme orientale montraient qu’ils étaient nés dans quelque région lointaine d’Asie. Tout l’extérieur du guerrier et de son escorte avait quelque chose d’exotique et d’étrange ; le costume de ses écuyers était également assez recherché, et ses deux domestiques orientaux portaient des bracelets et des colliers d’argent, avec des cercles du même métal autour des jambes, qui étaient nues depuis la cheville jusqu’au mollet, de même que leurs bras tout basanés étaient découverts jusqu’au coude. La soie et les broderies surchargeaient leurs habits qui annonçaient la richesse et l’importance de leur maître, en même temps qu’ils formaient un singulier contraste avec la simplicité de son propre attirail. Ils avaient des sabres à lames recourbées, à poignées damasquinées en or, lesquels pendaient à des baudriers aussi brodés en or, et garnis de poignards turcs d’un travail encore plus merveilleux ; chacun d’eux portait à l’arçon de sa selle un faisceau de dards ou javelines à pointes acérées, d’environ quatre pieds de longueur, ayant des têtes d’acier effilées, armes très en usage alors parmi les Sarrasins, et qu’on emploie encore dans l’Orient à l’exercice nommé le Djerid[1].

Les chevaux de ces deux écuyers semblaient de race étrangère comme leurs cavaliers ; ils étaient sarrasins d’origine, conséquemment arabes. Leurs membres fins et délicats, leur petit fanon, leur crinière déliée, leur allure aisée, contrastaient avec les lourds chevaux dont on soignait la race en Flandre et en Normandie pour les hommes d’armes dans le temps où ils se couvraient de la tête aux pieds d’une pesante armure en fer, dite panoplie. Ces coursiers orientaux, placés près des chevaux normands, pouvaient être considérés comme une personnification du corps et de son ombre.

Le singulier aspect d’une pareille cavalcade éveilla la curiosité

  1. L’exercice du Djerid est un des plus chers amusemens des cavaliers turcs, lesquels s’y livrent tous les jours à midi dans les environs de Constantinople. a. m.