Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/407

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chant et déloyal et que par légitime essoine[1] de son corps, comme ne pouvant combattre elle-même, elle offre de faire soutenir sa cause par un noble chevalier qui fera loyalement son devoir, avec telles armes qu’il appartient, et ce à ses risques et périls, pourquoi elle a jeté son gage ; et ce gage ayant été remis ès-mains de noble sire et chevalier Brian de Bois-Guilbert, du saint ordre du temple de Sion, il a été désigné pour soutenir le combat au nom de son ordre et de lui-même, comme partie offensée et comme victime des criminelles pratiques de l’accusée. C’est pourquoi l’éminentissime père et puissant seigneur Lucas, marquis de Beaumanoir, ayant octroyé permission de faire ledit défi, et accordé ledit essoine et privilége du corps de l’appelante, a désigné le troisième jour pour ledit combat, le lieu étant l’enclos dit la lice de Saint-George, près la préceptorerie de Templestowe ; et le grand-maître somme l’appelante de comparaître audit lieu en la personne de son champion, sous peine de subir sa sentence comme convaincue de sorcellerie et de séduction, et aussi comme le défendeur d’y comparaître, sous peine d’être tenu pour lâche, et déclaré tel comme défaillant ; et le noble seigneur et éminentissime père susnommé ordonne que ledit combat ait lieu en sa présence, le tout suivant les us et coutumes en pareil cas établis et déterminés. Et Dieu protège la bonne cause !

Amen ! dit le grand-maitre ; amen, » répétèrent tous les assistants.

Rébecca ne prononça pas une parole ; mais, levant les yeux au ciel en joignant les mains, elle resta une minute dans cette attitude. Ensuite, s’adressant au grand-maître avec sa douceur et sa modestie habituelle, elle lui fit observer qu’on devait lui permettre de mettre à profit le court délai qui lui était accordé pour communiquer librement avec ses amis, et leur faire connaître sa position, afin que, s’il était possible, ils lui trouvassent un champion qui se chargerait de défendre sa cause.

« Cela est juste et légitime, dit le grand-maître ; choisis tel messager que tu croiras digne de ta confiance, et il aura libre communication avec toi dans ta prison.

— Y a-t-il ici quelqu’un, dit Rébecca, qui, par amour de la justice, ou pour un riche salaire, veuille rendre ce service à une malheureuse fille pour la sauver d’une mort aussi injuste que cruelle ? »

  1. Ce vieux mot signifie excuse par impossibilité de comparaître en justice. Il se rapporte ici au privilège qu’avait l’accusée de fournir un champion, son sexe ne lui permettant pas de combattre en personne. a. m.