Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/400

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On appela alors les deux hommes d’armes à qui Malvoisin avait dicté la déposition qu’ils devaient faire. Quoique ce fussent des scélérats endurcis et entièrement étrangers à la pitié, la vue de l’accusée, sa beauté, son maintien noble et réservé, parurent les ébranler un instant ; mais un coup d’œil expressif du précepteur de Templestowe leur eut bientôt rendu leur horrible sang-froid. Avec une précision qui aurait paru suspecte à des juges moins prévenus, ils firent une déposition remplie de détails, les uns totalement faux, les autres tout-à-fait insignifiants, mais qui, par l’exagération et les commentaires dont ils les accompagnaient, revêtaient une apparence surnaturelle et pouvaient éveiller le soupçon. Dans des temps modernes une telle déposition aurait été divisée en deux parties : l’une contenant des faits insignifiants ; l’autre des faits totalement faux, et d’ailleurs physiquement impossibles ; mais, dans ces temps d’ignorance et de superstition, les uns et les autres étaient admis comme preuves de culpabilité. On eût rangé dans la première partie des allégations telles que celles-ci : qu’on avait entendu Rébecca se parler à elle-même dans une langue inconnue ; qu’elle chantait des chansons qui, bien qu’inintelligibles pour ceux qui les entendaient, captivaient l’oreille et faisaient tressaillir le cœur ; qu’en se parlant à elle-même, elle levait quelquefois les yeux au ciel et semblait attendre une réponse ; que ses vêtements étaient d’une forme étrange et mystique, et différaient de ceux que portaient les femmes de bon renom ; qu’elle avait des bagues sur lesquelles étaient gravées des devises cabalistiques ; enfin, que des caractères inconnus étaient brodés sur son voile.

Toutes ces circonstances, si naturelles, si triviales, furent écoutées gravement comme des preuves, ou du moins comme de fortes présomptions, que Rébecca entretenait une correspondance coupable avec des puissances invisibles.

Mais un de ces gardes fit une déposition moins équivoque et qui produisit plus d’effet encore sur l’esprit de l’assemblée, quelque incroyable qu’elle fût. Il avait vu, dit-il, Rébecca opérer une cure sur un homme blessé dans l’attaque du château de Torquilstone : elle avait fait certains signes sur sa blessure, et prononcé certains mots mystérieux, que, grâce au ciel, il n’avait pas compris, et aussitôt le fer d’un carreau d’arbalète s’en était dégagé, le sang s’était arrêté, la blessure s’était refermée, et, un quart d’heure après, le blessé était sur les remparts, aidant le témoin à charger et à diriger la machine destinée à lancer des pierres. Cette fable était