Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/389

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Conrad Montfichet et Albert de Malvoisin, suivis de quatre gardes vêtus de robes noires et portant des hallebardes.

« Fille d’une race maudite, lui dit le précepteur, lève-toi et suis-nous.

— Un quel lieu et à quel dessein ? demanda-t-elle.

— Jeune fille, dit Conrad, cesse de nous interroger, et hâte-toi d’obéir. Cependant, je dois te le dire, tu vas être traduite devant le tribunal du grand-maître de notre saint ordre, pour y être jugée.

— Que le Dieu d’Abraham soit loué ! » s’écria Rébecca en joignant ses mains comme pour remercier le ciel. « Le nom de mon juge, bien qu’il soit celui d’un ennemi de mon peuple, est pour moi le nom d’un protecteur. Je vous suivrai très volontiers ; permettez-moi seulement de me couvrir de mon voile. »

Ils descendirent l’escalier d’un pas lent et solennel ; et, après avoir traversé une galerie, ils entrèrent par une porte à deux battants dans la salle où le grand-maître avait établi son tribunal. Elle était divisée en deux parties inégales par une balustrade, et, du côté par où ils entraient, elle était remplie d’écuyers et d’hommes d’armes, au milieu desquels Conrad et Malvoisin qui accompagnaient Rébecca, ainsi que les quatre hommes d’armes qui marchaient derrière eux, ne parvinrent qu’à grand’peine à se frayer un passage jusqu’à la place réservée pour la malheureuse jeune fille. Pendant qu’elle traversait la foule, les bras croisés et la tête penchée, quelqu’un lui glissa dans la main un morceau de papier, qu’elle reçut machinalement pour ainsi dire, et qu’elle conserva quoiqu’il lui fût impossible alors d’en lire le contenu. Néanmoins concevant une secrète assurance qu’elle avait au moins un ami dans cette redoutable assemblée, elle eut le courage de jeter ses regards autour d’elle, et d’examiner en présence de qui elle se trouvait.

Nous essaierons de décrire dans le chapitre suivant la scène qui s’offrit à ses yeux.