Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/366

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— Non, non, » interrompit le prince Jean d’un ton d’impatience ; « je te réponds qu’il m’a fort bien entendu et compris ; et d’ailleurs j’ai à t’entretenir d’un autre sujet. Maurice, approche-toi ; laisse-moi m’appuyer sur ton bras. »

Ils firent un tour dans la salle en conservant cette position familière ; et le prince Jean, du ton de la confiance la plus intime, lui parla ainsi : « Mon cher de Bracy, que penses-tu de ce Waldemar Fitzurse ? Il se flatte de l’espoir d’être notre chancelier ! Assurément nous réfléchirons avant de confier un emploi aussi important à un homme qui, par l’empressement avec lequel il se charge de cette entreprise contre Richard, montre combien peu il a de respect pour notre sang. Je suis sûr que tu crois avoir perdu quelque chose de mon amitié par ton refus obstiné d’entreprendre cette tâche désagréable. Non, Maurice ; ta vertueuse résistance te fait honneur auprès de moi. S’il est des choses que la nécessité commande d’exécuter, nous n’en méprisons pas moins les odieux instruments que nous mettons en jeu, tandis que, tout au contraire, une honorable résistance à nous servir attire notre estime à ceux qui ont eu le bon esprit, la prudence et la sagesse de ne pas céder à nos ordres. L’arrestation de mon frère n’est pas un aussi bon titre à la haute dignité de chancelier que celui que ton courageux et chevaleresque refus te donne au bâton de grand-maréchal d’Angleterre. Penses-y bien, de Bracy, et va prendre possession de ta place.

— Tyran inconstant, » murmura de Bracy en sortant de l’appartement du prince, « malheur à celui qui se fie à toi ! Ton chancelier, vraiment ! Celui qui remplira cet emploi auprès de ta personne n’aura pas peu à faire, j’en réponds. Mais grand-maréchal d’Angleterre ! » ajouta-t-il en étendant le bras comme pour saisir le bâton de commandement, et en se redressant avec fierté ; « certes, c’est un prix qui vaut la peine d’être disputé. »

De Bracy ne fut pas plus tôt sorti que le prince Jean ordonna que l’on fît venir Bardon, le chef des éclaireurs, auprès duquel s’était rendu Fitzurse. Il arriva au bout de quelques instants que le frère de Richard avait passés à parcourir l’appartement à pas inégaux et précipités, et d’un air qui peignait tout le désordre de son esprit. « Bardon, lui dit-il, que t’a demandé Waldemar ?

— Deux hommes résolus, connaissant parfaitement les lieux les plus déserts du nord du royaume, et habiles à suivre la trace d’un cavalier ou d’un piéton.