Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/358

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Pardon, brave outlaw ! votre reproche est juste ; mais il est possible que nous nous revoyions plus tard et avec moins de mystère de part et d’autre. En attendant, j’espère que nous nous séparons amis.

— En voici ma main pour garant, et je vous la présente comme la main d’un loyal Anglais, quoique, pour le moment, ce soit celle d’un outlaw.

— Et voici la mienne en retour. Je la regarde comme honorée de presser la vôtre ; car celui qui fait le bien, quoiqu’il ait un pouvoir illimité pour faire le mal, mérite des louanges non seulement pour le bien qu’il fait, mais aussi pour le mal qu’il s’abstient de faire. Adieu, généreux et brave outlaw. »

Ils se séparèrent ainsi très satisfaits l’un de l’autre, et le chevalier au cadenas, sautant sur son excellent coursier, s’enfonça dans la forêt.


CHAPITRE XXXIV.


Le roi Jean, Je te le dis, ami, c’est un véritable serpent que je rencontre sur mon chemin. Quelque part que je pose mon pied, il est toujours devant moi. Me comprends-tu ?
Shakspeare, Le roi Jean.


Il y avait grande fête au château d’York, où le prince Jean avait invité les nobles, les prélats et les chefs par les secours desquels il espérait réussir dans ses projets ambitieux sur le trône de son frère. Waldemar Fitzurse, son agent politique, homme habile, travaillait secrètement à leur inspirer le degré d’énergie nécessaire pour se déclarer ouvertement ; mais l’entreprise était différée par l’absence de certains membres de la confédération. Le courage ferme et entreprenant, quoique brutal, de Front-de-Bœuf ; la vivacité et la hardiesse de de Bracy ; la sagacité, l’expérience et la valeur renommée de Brian de Bois-Guilbert, étaient d’une grande importance pour le succès de la conspiration ; et tout en maudissant en secret leur absence, dont ils ignoraient les motifs aussi bien qu’ils n’y voyaient aucune nécessité, ni Jean ni son conseiller n’osaient commencer les opérations sans leur concours. Le juif Isaac semblait aussi avoir disparu, et avec lui s’évanouissait l’espoir de réa-