Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/357

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— Non, non, Dieu m’en préserve ! Maudite soit l’heure où ce secret a été connu de quelqu’un !

— Il est en sûreté avec moi, dit Locksley, aussi vrai que ce papier représente la somme qui s’y trouve mentionnée. Mais réponds-moi, Isaac, es-tu mort ? as-tu perdu la tête ? et mille couronnes à payer te causent-elles une si grande douleur que tu oublies le danger que court ta fille ? »

Le Juif sortit tout-à-coup de son abattement : « Non, Diccon, non ; je vais partir. Adieu, toi que je ne saurais appeler bon, mais que je n’ose ni ne veux appeler méchant. »

Cependant, avant qu’Isaac se mît en route, le chef des outlaws lui donna ce dernier conseil : « Isaac, sois libéral dans tes offres, et n’épargne pas ta bourse quand il s’agit de sauver les jours et l’honneur de ta fille. Crois-moi, l’or que tu chercheras à épargner en cette occasion te causera dans la suite autant de tourments que si on te le versait tout fondu dans le gosier. » Isaac, poussant de nouveau un profond soupir, convint de la justesse de cette observation, et se mit en route, accompagné de deux archers qui devaient lui servir de guides et d’escorte jusqu’à ce qu’il fût hors de la forêt.

Le chevalier Noir, qui avait pris un vif intérêt à tout ce qui venait de se passer, s’avança alors pour prendre congé du capitaine et de sa bande, et il ne put s’empêcher de lui témoigner sa surprise de l’ordre et de la discipline qu’il voyait régner parmi des hommes abandonnés à eux-mêmes et qui s’étaient soustraits au joug comme à la protection des lois de la grande société.

« Sire chevalier, répondit Locksley, on peut quelquefois trouver de bon fruit sur un mauvais arbre, et de mauvais temps ne produisent pas toujours du mal sans quelque mélange de bien. Parmi les hommes que les circonstances ont entraînés dans ce genre de vie, qui, je dois l’avouer, est tout-à-fait illégal, il s’en trouve plusieurs qui désirent mettre de la modération dans la licence qu’il procure, et d’autres peut-être qui regrettent d’être obligés de l’adopter.

— Et je ne puis douter que c’est à un de ces derniers que je parle en ce moment.

— Sire chevalier, nous avons chacun notre secret. Vous êtes parfaitement libre de porter sur moi tel jugement que vous croirez convenable, comme je puis faire sur vous telles conjectures que bon me semblera ; mais il est possible qu’aucune de nos flèches ne frappe le but. Au surplus, je ne vous demande pas votre secret ; ne trouvez donc pas mauvais que je garde le mien.