Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/352

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sauros eorum hœredibus alienis, et leurs trésors ne passeront pas à leurs héritiers. »

Isaac poussa un profond soupir, se tordit les mains, et retomba dans son état de désolation et de désespoir ; mais Locksley, le tirant à part, lui dit : « Isaac, réfléchis bien à ce que tu dois faire. Mon avis est que tu te fasses un ami de ce prêtre. Il est vain autant qu’avare, ou du moins il a besoin d’argent pour fournir à ses profusions. Tu peux sans peine satisfaire sa cupidité ; car ne pense pas que j’ajoute foi à tes protestations de pauvreté. Je connais jusqu’au coffre de fer dans lequel tu renfermes tes sacs d’argent. Hé quoi ! ne connais-je pas la grande pierre qui est sous un pommier de ton jardin à York, et qui recouvre un caveau voûté ? » Le Juif devint pâle comme la mort. « Ne crains rien de moi, continua le capitaine ; nous sommes d’anciennes connaissances. Ne te souvient-il pas d’un archer malade que ta charmante fille délivra des prisons, à York ; que tu gardas dans ta maison jusqu’à ce que sa santé fût rétablie, et auquel, en le congédiant, tu donnas une pièce d’argent ? Tout usurier que tu es, tu n’as jamais placé ton argent à un meilleur intérêt ; car cette seule pièce d’or t’en a sauvé aujourd’hui cinq cents.

— C’est donc toi, dit le Juif, que nous appelions Diccon Bend-the-Bow[1] ? Il me semblait bien que le son de ta voix ne m’était pas inconnu.

— Oui, je suis Bend-the-Bow, et je suis Locksley, et j’ai encore un autre nom qui vaut bien ceux-là.

— Mais, mon cher Bend-the-Bow, tu es dans l’erreur relativement au caveau voûté dont tu parles. J’atteste le ciel qu’il ne s’y trouve rien que des marchandises, en petit nombre, dont je vous ferai volontiers présent… une centaine d’aunes de drap vert de Lincoln… pour faire des pourpoints à tes gens ; une centaine de branches d’if d’Espagne, pour faire des arcs, et autant de cordes de soie, fortes, rondes et d’une excellente qualité. Je t’enverrai tout cela en reconnaissance de l’intérêt que tu me témoignes, honnête Diccon ; mais, je t’en prie, mon cher, mon brave Bend-the-Bow, ne parle pas du caveau voûté.

— Je serai muet comme un loir ; et crois-moi sincère lorsque je te dis que je suis extrêmement peiné de ce qui est arrivé à ta fille ; mais il m’est impossible de rien faire pour elle. Les lances du tem-

  1. Diccon Bend-the-Bow, Diccon-bande-l’arc, phrase vulgaire par laquelle on a désigné Richard Cœur-de-Lion ; Diccon signifie Richard. a. m.