Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/343

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— Je ne reçois point de présents gratuits, et je te le rendrai avec des intérêts plus forts que jamais ton prisonnier en ait exigé dans son trafic.

— J’en veux avoir la preuve à l’instant.

— Holà ! s’écria le capitaine, notre ermite est-il devenu fou ? une querelle sous notre grand chêne !

— Ce n’est pas une querelle, dit le chevalier Noir, c’est seulement un échange amical de courtoisie. Allons, brave ermite, frappe, si tu l’oses ; je veux bien éprouver la vigueur de ton poing, si tu consens à sentir ensuite le poids du mien.

— Avec ton pot de fer sur la tête, tu as l’avantage. Mais n’importe, je t’abattrai à mes pieds, quand tu serais un autre Goliath couvert de son armure. »

À ces mots, mettant son bras nerveux à nu jusqu’au coude, et le roidissant de toute sa force, il porta au chevalier un coup qui aurait été capable de renverser un bœuf ; mais celui-ci resta ferme comme un roc, et tous les archers firent retentir l’air de leurs acclamations.

« À moi, maintenant, » dit le chevalier en ôtant son gantelet, « si j’ai eu l’avantage sur ma tête, je ne veux pas l’avoir dans ma main… Reste ferme, comme un véritable brave.

Genam meam dedi vapulatori, j’ai livré ma joue à la main de mon ennemi, dit le prêtre ; mais si tu peux me faire bouger tant soit peu de cette place, je l’abandonne la rançon du Juif. » Ainsi parlait l’ermite en prenant un ton de bravade. Mais, hélas ! qui peut se soustraire à sa destinée ? Le coup du chevalier fut asséné avec tant de force et si bien calculé, que le moine alla rouler à vingt pas de distance, au grand étonnement des spectateurs. Mais se relevant sans montrer ni colère ni confusion.

« Frère, dit-il au chevalier, tu aurais dû user de ta force avec plus de ménagement. À peine aurais-je pu bredouiller la messe si tu m’avais cassé la mâchoire ; car le joueur de flûte en jouera mal s’il lui manque la moitié de ses dents. Néanmoins voici ma main en signe d’amitié, et je te promets aussi de ne plus faire de pareils marchés avec toi ; car je ne pourrais qu’y perdre. Oublions notre querelle, et occupons-nous de la rançon du Juif ; car le léopard ne se dépouille jamais de sa robe mouchetée, et le juif se montre toujours juif.

— Notre chapelain, dit Clément, ne compte pas de moitié autant sur la conversion du Juif depuis le soufflet qu’il a reçu,