Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/34

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épaule, ou dont il pouvait s’envelopper tout entier, contrastait par son manque de longueur, et formait une draperie d’un genre bizarre. Il avait au bras de minces bracelets d’argent, et à son cou un collier de même métal, portant cette inscription : « Wamba, fils de Witless, est l’esclave-né de Cedric de Rotherwood[1]. » Ce personnage avait des sandales pareilles à celles de son compagnon ; mais ses jambes, au lieu d’être couvertes de deux bandes de cuir entrelacées, montraient des espèces de guêtres, dont l’une était rouge et l’autre jaune. Il avait un bonnet garni de clochettes, à peu près de la grandeur de celles que l’on attache au cou des faucons, et qui sonnaient à chaque mouvement de sa tête ; et comme il restait rarement une minute dans la même posture, ce bruit pouvait être regardé comme ayant lieu sans cesse. Le même bonnet, bordé d’un bandeau de cuir découpé en guise de cornet, se terminait en pointe et retombait sur l’épaule, comme nos anciens bonnets de nuit ou un sac vide, ou comme le bonnet de police d’un hussard : c’est à cette pointe du bonnet que les clochettes étaient fixées. Une pareille circonstance, jointe à la forme du bonnet même, et à l’expression moitié folle, moitié satirique de la physionomie de Wamba, prouvait suffisamment que celui qui le portait, appartenait à cette race de bouffons domestiques autrefois entretenus chez les grands, pour les aider à tromper les heures si lentes qu’ils étaient obligés de passer dans leurs châteaux. Il portait, comme son compagnon, un sac attaché à sa ceinture, mais il n’avait ni corne ni couteau de chasse, étant probablement regardé comme appartenant à une classe d’hommes à laquelle on eût craint de confier des armes. Il avait à leur place un sabre de bois, semblable à celui avec lequel Arlequin opère ses prodiges sur nos théâtres modernes.

L’aspect de ces deux hommes formait un contraste non moins étonnant que leur costume et leur démarche. Le front de Gurth ou de l’esclave était triste et pensif ; sa tête était penchée avec une apparence de profond abattement, qu’on eût pris pour de l’apathie, si le feu qui de temps à autre étincelait dans ses regards, quand il levait les yeux, n’eût prouvé qu’il cachait sous cet air de tristesse et de découragement la haine de l’oppression, et une forte envie de s’y soustraire. La physionomie de Wamba ne décelait qu’une sorte de curiosité vague ou de besoin de changer d’atti-

  1. Witless, mot anglais qui veut dire sans esprit. Le texte emploie aussi le mot thrall pour signifier esclave. Il y en avait de plusieurs espèces ; ceux-ci l’étaient dès leur naissance, thrall-born. a. m.