Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/339

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— Vive notre chef ! » crièrent tous les archers ; « vive le chevalier Noir au cadenas ! Puisse-t-il bientôt nous mettre à même de lui prouver notre désir de lui être utiles. »

Locksley procéda ensuite au partage du butin, ce qu’il fit avec la plus grande impartialité. Un dixième fut mis à part pour l’Église et pour des œuvres pies ; une autre portion fut mise en réserve pour entrer dans ce que ces hommes appelaient leur trésor public ; et on en destina une autre encore aux femmes et aux enfants de ceux qui avaient péri dans cette circonstance, ou afin de faire dire des messes pour le repos de l’âme de ceux qui ne laissaient point de famille après eux. Le reste fut distribué suivant le rang et le mérite de chacun. Si quelque question douteuse s’élevait, elle était bientôt résolue par le chef avec une finesse de jugement admirable, et sa décision adoptée avec la soumission la plus absolue. Le chevalier Noir ne fut pas peu surpris de voir que des hommes qui étaient en rébellion ouverte contre les lois de leur pays se gouvernassent entre eux d’une manière aussi régulière et aussi équitable ; et tout ce qu’il observait ne fit qu’ajouter à l’opinion favorable qu’il avait conçue de la justice et du bon sens de leur chef. Lorsque chacun eut reçu sa part du butin, le trésorier, accompagné de quatre vigoureux archers, transporta dans un lieu sûr et caché celle qui appartenait à la communauté ; mais personne ne se présentait pour réclamer la portion dévolue à l’Église.

« Je voudrais bien, dit le chef, avoir des nouvelles de notre joyeux chapelain. Jamais il ne s’absente au moment de bénir la table ou de partager le butin ; et il est de son devoir de prendre soin de la dîme prélevée. D’ailleurs, j’ai non loin d’ici un saint homme de ses confrères, que nous avons fait prisonnier, et je voudrais bien que le moine m’aidât à en agir avec lui d’une manière convenable. Je crains bien qu’il ne soit arrivé quelque malheur à notre guerrier enfroqué.

— J’en aurais bien du regret, dit le chevalier au cadenas ; car je lui dois de la reconnaissance pour l’hospitalité qu’il m’a donnée, et pour la nuit que nous avons si joyeusement passée dans sa cellule. Transportons-nous sur les ruines du château ; il est probable que nous y aurons de ses nouvelles. «

Il parlait encore lorsque de grands cris annoncèrent l’arrivée de celui sur le compte duquel ils étaient si inquiets ; et la voix de stentor du moine lui-même, qui se fit entendre long-temps avant