Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/332

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reras, pour récompenser ceux de les vassaux qui nous ont si bien secondés.

— Brave archer, répondit Cedric, mon cœur est accablé de tristesse. Le noble Athelstane de Coningsburgh n’est plus ; Athelstane, le dernier rejeton du saint roi confesseur ! Avec lui ont péri des espérances qui ne peuvent plus renaître. Aucun souffle humain ne peut rallumer l’étincelle qui vient de s’éteindre dans son sang. Mes gens, à l’exception du petit nombre que vous voyez ici, n’attendent que ma présence pour transporter ses tristes mais respectables restes dans leur dernière demeure. Lady Rowena désire retourner à Rotherwood, et il faut qu’elle soit escortée par des forces suffisantes. Je devrais donc être déjà parti. Si j’ai différé mon départ, ce n’est pas pour partager le butin, car je prends Dieu et saint Withold à témoin que ni moi ni les miens n’en toucherons la valeur d’une obole, mais parce que je voulais te remercier, toi et tes braves archers, de nous avoir sauvé la vie et l’honneur !

— Mais, reprit Locksley, nous n’avons fait tout au plus que la moitié de la besogne ; prends donc dans le butin de quoi récompenser tes vassaux et tes confédérés.

— Je suis assez riche pour les récompenser moi-même, répondit Cedric.

— Et il y en a quelques uns, dit Wamba, qui ont été assez avisés pour se récompenser par eux-mêmes ; ils ne s’en retournent pas les mains tout-à-fait vides. Nous ne portons pas tous la livrée bigarrée.

— Je n’ai rien à dire à cela, reprit Locksley ; nos lois ne sont obligatoires que pour nous.

— Mais toi, mon pauvre garçon, » dit Cedric se tournant vers son fou et l’embrassant, « comment puis-je te récompenser, toi qui n’as pas craint de venir te mettre en prison et d’exposer ta vie pour sauver la mienne ? C’est la plus grande preuve de fidélité et d’affection que j’aie jamais reçue. »

Une larme, prête à s’échapper, brillait dans les yeux du digne thane pendant qu’il parlait ainsi. Cette preuve de profonde sensibilité, la mort d’Athelstane lui-même n’avait pu la lui arracher ! mais il y avait dans l’attachement mi-instinctif de son fou quelque chose qui lui causait une émotion plus vive que celle de la douleur même.

« Par ma foi ! » dit le fou en cherchant à se soustraire aux caresses de son maître, « si vous payez mes services avec l’eau de vos yeux, il faudra donc que le fou se mette à pleurer aussi par