Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/321

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fais vœu de donner à Saint-Nicolas de Limoges un chandelier d’or massif…

— Laisse là ton vœu, et écoute-moi, dit le templier. Réunis tes hommes d’armes, et dispose-les pour faire une sortie par la poterne ; il n’y a là que deux hommes pour défendre ce maudit radeau ; précipite-les dans le fossé, et pousse jusqu’à la barbacane ; de mon côté, je viendrai l’attaquer en sortant par la porte principale. Si nous pouvons reprendre ce poste, sois sûr que nous nous y maintiendrons jusqu’à ce qu’il nous arrive du secours, ou bien nous pourrons obtenir des conditions honorables.

— L’idée est heureuse, répondit de Bracy, et je vole à mon nouveau poste. Je puis compter sur toi, sans doute ?

— À la vie et à la mort ; mais, au nom de Dieu ! dépêche-toi. »

De Bracy se hâta de rassembler son monde, et courut à la poterne, dont il s’apprêtait à foire ouvrir la porte. Mais au même instant elle cédait sous les coups redoublés de Cedric et du chevalier Noir, qui, suivi du noble Saxon et avec cette audace extraordinaire qui le distinguait, se précipita dans le passage, où ils se maintinrent en dépit des efforts de de Bracy et de sa troupe.

« Poltrons ! s’écria celui-ci, souffrirez-vous donc que deux hommes nous enlèvent la seule chance de salut qui nous reste ?

— C’est le diable en personne, » dit un vieux soldat qui cherchait à se garantir de la furie du chevalier Noir.

« Et quand ce serait le diable ? répliqua de Bracy, faut-il se jeter dans l’enfer pour éviter ses griffes ? Le feu est au château, misérables ! que le désespoir vous donne du courage ; ou plutôt faites-moi place, j’irai me mesurer moi-même avec ce vaillant champion. »

Il faut reconnaître que de Bracy soutint dans cette journée la réputation qu’il s’était acquise dans les guerres civiles de cette désastreuse époque. Le passage voûté qui conduisait à la poterne, et dans lequel les deux champions combattaient corps à corps, retentissait des coups violents qu’ils se portaient l’un à l’autre, de Bracy avec son épée, le chevalier Noir avec sa pesante hache d’armes. Enfin le Normand reçut un coup si violent que, s’il n’eût été en partie amorti par son bouclier, il ne s’en serait jamais relevé, car ce coup tomba sur le cimier de son casque avec une telle violence que de Bracy en fut terrassé.

« Rends-toi, de Bracy, » dit le chevalier Noir en se penchant vers lui et en appuyant sur la visière de son casque le poignard avec lequel les chevaliers donnaient le coup de grâce à leurs ennemis, et