Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/296

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que je suis dans le château de Front-de-Bœuf. S’il en est ainsi, à quoi dois-je m’attendre, et comment pourrai-je secourir lady Rowena et mon père ? »

« Il ne parle ni du Juif, ni de la Juive, » dit Rébecca en elle-même. « Mais enfin quel droit avons-nous à une part dans ses pensées ? Oh ! combien je suis punie d’avoir laissé les miennes s’arrêter si long-temps sur lui ! » Après cette courte accusation portée contre elle-même, elle s’empressa de communiquer à Ivanhoe tout ce qu’elle savait, c’est-à-dire que le templier Bois-Guilbert et le baron Front-de-Bœuf commandaient dans le château, et que le château était assiégé. Mais par qui ? elle l’ignorait. Elle ajouta qu’il s’y trouvait en ce moment un prêtre chrétien, qui peut-être lui donnerait de plus amples renseignements.

« Un prêtre chrétien ! » dit Ivanhoe transporté de joie : « amène-le ici, Rébecca, s’il est possible ; dis-lui qu’un malade a besoin de son secours spirituel ; dis-lui ce que tu voudras, mais fais-le venir. Il faut que je fasse, il faut du moins que je tente quelque chose : mais comment puis-je prendre une détermination avant de savoir ce qui se passe ? »

Ce fut pour se conformer aux désirs d’Ivanhoe que Rébecca fit la tentative dont nous avons parlé pour amener Cedric dans la chambre du chevalier blessé : mais l’arrivée d’UIrique, qui se tenait aussi aux aguets pour arrêter au passage le prétendu moine, l’empêcha de réussir ; et Rébecca revint annoncer au chevalier blessé que son plan avait échoué.

Ils n’eurent pas le loisir de se livrer long-temps au regret de n’avoir pu se procurer les informations qu’ils désiraient, non plus qu’à méditer sur le moyen d’y suppléer ; car le bruit qui régnait dans toutes les parties du château, et qui était occasioné par les préparatifs de défense, devint bientôt plus considérable, et se changea en un tumulte, en un mélange confus de clameurs qui le rendit dix fois plus assourdissant. La marche pesante et précipitée des hommes d’armes qui se rendaient sur les murailles retentissait dans les passages étroits et sur les escaliers tournants qui conduisaient aux divers points de défense. On entendait les chevaliers animer leurs soldats ou leur indiquer ce qu’ils devaient faire ; parfois aussi leur voix était couverte par le cliquetis des armes ou par les cris de ceux à qui ils s’adressaient. Quelque épouvantables que fussent ces cris, quel que fût le degré d’horreur de la scène qui allait bientôt se passer, il s’y mêlait un sentiment sublime auquel l’âme exaltée de Ré-