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cours que le Juif, sa fille et le chevalier blessé, furent rencontrés par Cedric, comme on l’a dit plus haut, et tombèrent ensuite au pouvoir de de Bracy et de ses confédérés. On fit d’abord peu d’attention à la litière, et elle serait probablement restée en arrière, si de Bracy, entraîné par la curiosité et par le désir de s’assurer si elle ne contenait pas l’objet de son entreprise, car lady Rowena était couverte d’un voile, ne s’en était approché. Mais son étonnement fut extrême lorsqu’il y trouva un homme blessé, qui, se croyant tombé entre les mains des outlaws auprès desquels son nom pourrait lui servir de protection ainsi qu’à ses amis, avoua franchement qu’il était Wilfrid d’Ivanhoe.

Les principes de l’honneur chevaleresque, qui, au milieu de ses dérèglements et de sa légèreté, n’avaient jamais entièrement abandonné de Bracy, lui interdisaient de porter la main sur un homme hors d’état de se défendre ; et il résolut aussi de ne pas le faire connaître à Front-de-Bœuf, car ce féroce baron ne se serait fait aucun scrupule de se débarrasser d’un rival qui lui contestait ses droits au fief d’Ivanhoe. Mais, d’un autre côté, rendre la liberté à un chevalier que ce qui s’était passé au tournoi devait lui faire regarder comme l’amant préféré de lady Rowena, était un effort de générosité trop grand pour de Bracy, qui savait d’ailleurs, car cela était de notoriété publique, que ce motif était le seul qui avait porté Cedric à bannir Ivanhoe de la maison paternelle. Prendre un moyen terme entre le bien et le mal, fut tout ce dont il se sentit capable : il ordonna à deux de ses écuyers de se tenir constamment près de la litière, et de ne pas souffrir que qui que ce fût s’en approchât : si on venait à leur faire quelque question, ils répondraient que c’était la litière de lady Rowena, et qu’ils s’en servaient pour transporter un de leurs camarades qui avait été blessé dans le combat. En arrivant à Torquilstone, pendant que le templier et le maître du château n’étaient occupés que de leur double conquête, pour l’un les trésors du Juif, pour l’autre sa charmante fille, les écuyers de de Bracy transportèrent Ivanhoe dans les appartements les plus reculés du château, toujours en le faisant passer pour un camarade blessé ; et telle fut l’excuse qu’ils donnèrent à Front-de-Bœuf lorsqu’il leur demanda pourquoi, aux premiers cris d’alarme, ils ne s’étaient pas rendus sur les remparts.

« Un camarade blessé ! » s’écria-t-il d’un ton de colère et de surprise ; « je ne m’étonne plus que des proscrits et des paysans aient l’audace de se présenter en armes devant des châteaux, ni que des