Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/286

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et reclus, de coursiers se précipitant les uns sur les autres, dont ceux-ci restaient debout, et ceux-là étaient renversés ; de cris de guerre et du cliquetis des armes ; enfin, de tout le tumulte d’une lutte animée. Faisant un effort pour écarter le rideau qui entourait son lit, il y parvint non sans quelque difficulté.

À sa grande surprise, il se trouva dans un appartement décoré avec magnificence ; mais comme il y voyait des coussins au lieu de chaises, et plusieurs autres meubles qui ne sont en usage que dans l’Orient, il douta un instant si durant son sommeil on ne l’avait pas transporté en Palestine. Ce doute devint presque une certitude lorsque la tapisserie venant à s’écarter, il vit entrer dans sa chambre une femme richement vêtue plutôt dans le goût oriental que dans celui de l’Europe : elle s’avançait vers lui, suivie d’une domestique à figure basanée.

Au moment où le chevalier blessé allait adresser la parole à cette belle étrangère, elle lui imposa silence en posant sur ses lèvres de rose un doigt façonné par les Grâces, tandis que son esclave s’occupait à découvrir la blessure d’Ivanhoe. La belle juive s’assura alors que le bandage n’avait pas été dérangé, et que la blessure était en état de guérison. Elle remplit cette fonction avec une simplicité et une modestie qui, même dans des siècles plus civilisés, auraient éloigné de son esprit toute idée qu’elle manquait à la délicatesse naturelle à son sexe. L’idée d’une jeune beauté se tenant auprès d’un lit de souffrances, occupée à panser un blessé de l’autre sexe, disparaissait pour faire place à celle d’un être bienfaisant qui cherchait, par l’efficacité de son art, à soulager la douleur et à détourner le coup de la mort. Rébecca donna quelques courtes instructions, en hébreu, à sa vieille domestique ; et celle-ci, habituée à aider sa maîtresse en pareilles occasions, obéit avec promptitude.

Les accents d’une langue étrangère, quelque durs qu’ils eussent pu paraître dans la bouche de toute autre que Rébecca, produisaient dans la sienne cet effet romanesque et enchanteur que l’imagination attribue aux charmes d’une fée bienfaisante : inintelligibles pour l’oreille, de tels sons touchent et vont jusqu’au cœur, lorsqu’ils sont produits par une voix douce qu’accompagne un regard dans lequel se peint la bienfaisance la plus noble. Sans oser faire aucune question, Ivanhoe laissa appliquer sur sa blessure le baume salutaire, et ce ne fut qu’après que toutes ces opérations furent terminées, et lorsque celle qui venait de lui prodiguer ses soins se disposait à se retirer, que, cédant à sa curiosité :