Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/285

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confier à aucun médecin, fût-il de sa propre tribu, la fiole qui contenait son précieux baume, de crainte que le secret mystérieux de sa composition ne vint à être découvert ; la seconde, que ce chevalier blessé, Wiifrid d’Ivanhoe, était l’intime favori de Richard Cœur-de-Lion, et que si ce monarque revenait, Isaac, qui avait fourni à son frère Jean de fortes sommes d’argent pour l’aider à accomplir ses projets de révolte, aurait besoin d’un puissant protecteur auprès du monarque irrité.

« Dans tout cela il n’y a rien qui ne soit vrai, ma fille, » dit Isaac cédant à la force de ses raisonnements ; « ce serait offenser le ciel que de trahir les secrets de la bienheureuse Miriam : le bien que le ciel nous accorde ne doit pas être indiscrètement prodigué à ceux qui nous entourent, que ce soient des talents d’or, des cicles d’argent, ou les connaissances mystérieuses d’un sage médecin. Tu as raison, ces trésors doivent être soigneusement gardés par ceux à qui la Providence a bien voulu les accorder ; et quant à celui que les Nazaréens d’Angleterre appellent Cœur-de-Lion, assurément il vaudrait mieux pour moi tomber sous les griffes d’un énorme lion d’Idumée que sous les siennes, s’il vient à acquérir des preuves de mes rapports avec son frère. Ainsi donc je prête l’oreille à tes conseils, et ce jeune homme viendra avec nous à York, et il y restera jusqu’à ce que ses blessures soient guéries : si l’homme au cœur de lion revient dans ce pays, ainsi qu’on l’annonce en ce moment, Wiifrid d’Ivanhoe sera pour ton père un mur de défense contre son courroux. S’il ne revient pas, Wilfrid pourra encore nous rembourser nos frais lorsqu’il aura gagné des trésors par la force de sa lance ou à la pointe de son épée, comme il a fait hier et aujourd’hui ; car ce chevalier est un bon et brave jeune homme, exact à rendre au jour fixé ce qu’il a emprunté, et qui secourt l’Israélite (car il a secouru le fils de la maison de mon père), lorsqu’il le voit entouré de voleurs puissants et d’enfants de Bélial. »

Ce ne fut que vers la fin de la soirée qu’Ivanhoe recouvra l’usage de ses sens et put juger de sa position. Il sortit d’un sommeil léger et souvent interrompu, l’âme en proie aux impressions confuses qui suivent un long évanouissement. Pendant quelque temps, il lui fut impossible de retracer à son esprit les circonstances qui avaient précédé sa chute dans la lice, ni d’établir aucune liaison entre les divers événements auxquels il avait pris part la veille. Les souffrances que lui causaient ses blessures, son état de faiblesse et d’épuisement, étaient mêlés au souvenir d’un combat, de coups portés