Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/274

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


c’était donc le verrat de Rotherwood que j’ai conduit à la poterne et à qui j’ai ouvert la porte de ma propre main ! Quant à toi, dit-il à Wamba, toi dont la folie a déjoué la prétendue sagesse d’idiots plus idiots que toi, je te donnerai les saints ordres, et te ferai tonsurer. Holà ! qu’on lui arrache la peau du crâne, et qu’on le précipite la tête la première du haut des murailles. Eh bien ! ton métier est de plaisanter ; plaisante donc maintenant !

— Vous me traitez bien mieux que vous ne me l’aviez promis, noble chevalier, » repartit le pauvre Wamba que ses habitudes de bouffonnerie ne pouvaient abandonner, même devant la perspective d’une mort prochaine : « en me donnant la calotte rouge dont vous parlez, vous ferez de moi un cardinal, de simple moine que j’étais.

— Le pauvre diable ! dit de Bracy, veut mourir fidèle à sa vocation. Front-de-Bœuf, de grâce, épargnez sa vie, donnez-le-moi, il divertira ma compagnie franche… Qu’en dis-tu, fripon ? veux-tu m’appartenir et me suivre à la guerre ?

— Oui, vraiment, mais avec la permission de mon maître ; car, voyez-vous, » dit-il en montrant le collier qu’il portait, « je ne puis quitter ceci sans son consentement.

— Oh ! une lime normande aura bientôt scié le collier d’un serf saxon, répondit de Bracy.

— Vraiment, noble sire ? reprit le bouffon : de là sans doute vient le proverbe : Scie normande sur le chêne saxon, joug normand sur le cou saxon, cuillère normande dans le plat saxon, et l’Angleterre gouvernée selon le caprice des Normands : l’Angleterre ne retrouvera sa gaîté que lorsqu’elle sera délivrée de ces quatre fléaux.

— Tu as réellement bien de la bonté, de Bracy, dit Front-de-Bœuf, de t’amuser à écouter les sornettes de ce fou, quand notre ruine se prépare. Ne vois-tu pas que nous sommes dupés, et que notre projet de communication avec nos amis du dehors vient d’échouer par les ruses de ce bouffon bariolé dont tu te montres le protecteur si empressé ? Qu’avons-nous à attendre désormais, si ce n’est un assaut prochain ?

— Aux murailles donc ! aux murailles ! s’écria de Bracy : m’as-tu jamais vu triste au moment du combat ? Qu’on appelle le templier, et qu’il défende sa vie avec la moitié du courage qu’il a montré à défendre son ordre : viens toi-même déployer ta taille de géant sur les murailles ; de mon côté, je ne m’épargnerai pas : sois sûr qu’il serait aussi facile aux Saxons d’escalader le ciel que les murs de