Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/270

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nistère : consens à me le rendre ; et quel que soit le sort des autres, tu pourras dormir dans ta cellule aussi tranquillement qu’un limaçon dans sa coquille.

— Faites-moi connaître vos ordres, » dit Cedric s’efforçant de déguiser son émotion.

« Eh bien, suis-moi par ce passage ; je te ferai sortir par la poterne. » Et tout en marchant devant le moine supposé, Front-de-Bœuf l’instruisit de ce qu’il attendait de lui. « Tu vois d’ici ce troupeau de pourceaux saxons qui ont osé environner le château de Torquilstone. Dis-leur tout ce que tu voudras sur la faiblesse de cette forteresse, de manière à les retenir ici pendant vingt-quatre heures, et porte sur-le-champ ce message… Mais un instant, sire prêtre, sais-tu lire ?

— Non, excepté mon bréviaire, répondit Cedric ; encore ne connais-je ses caractères sacrés que parce que je sais par cœur le service divin, grâce à Notre-Dame et à saint Withold.

— Tu es justement le messager qu’il me faut. Porte donc cette lettre au château de Philippe de Malvoisin ; tu diras qu’elle est envoyée par moi ; que c’est le templier Brian de Bois-Guilbert qui l’a écrite, et que je le prie de la faire passer à York avec toute la diligence qu’y peut mettre un cavalier bien monté. Dis-lui encore qu’il n’ait aucune inquiétude, qu’il nous trouvera frais et dispos derrière nos retranchements. Ce serait une honte à nous de nous tenir cachés devant une troupe de vagabonds qui fuiront à l’aspect de nos étendards et au bruit des pas de nos chevaux. Je te le répète, moine : imagine quelque tour de ta façon pour engager ces vauriens à conserver leur position jusqu’à l’arrivée de nos amis et de leurs bonnes lances. Ma vengeance est éveillée ; elle ressemble à un faucon qui ne peut dormir s’il n’a saisi sa proie.

— Par mon saint patron ! » s’écria Cedric avec plus de chaleur que n’en exigeait son rôle, « par tous les saints qui ont vécu et qui sont morts en Angleterre, je vous obéirai ! Pas un Saxon ne s’éloignera de ces murailles, si j’ai assez d’adresse et assez d’influence sur eux pour les retenir.

— Vraiment ! dit Front-de-Bœuf ; tu changes de ton, sire moine, et tu parles avec autant de chaleur que si tu devais tressaillir de joie en voyant massacrer ce vil troupeau saxon : cependant tu es de la race de ces pourceaux. »

Cedric n’était pas très versé dans l’art de la dissimulation, et il aurait eu besoin en ce moment que le cerveau fertile de Wamba