Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/269

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disposer pour l’assaut ; et lorsque tu verras un drapeau rouge flotter sur la tour de l’est, presse vivement les Normands : ils auront assez d’ouvrage dans l’intérieur ; tu pourras escalader les murs en dépit de leurs flèches et de leurs arquebuses. Pars, je t’en supplie, suis ton destin, et laisse-moi suivre le mien. »

Cedric aurait désiré quelques renseignements plus positifs sur le dessein qu’elle annonçait d’une manière si obscure ; mais la voix farouche de Front-de-Bœuf se fit entendre tout-à-coup ; « À quoi s’amuse ce fainéant de prêtre ? s’écria-t-il ; par les coquilles de saint Jacques de Compostelle, j’en ferai un martyr s’il s’arrête ici pour semer la trahison parmi mes gens !

— Une conscience bourrelée est un sinistre prophète, s’écria Ulrique ; mais ne t’effraie pas : va rejoindre les tiens, pousse le cri de guerre des Saxons, et si les Normands y répondent par le chant belliqueux de Rollon, la vengeance se charge de chanter le refrain. »

À ces mots elle disparut par une porte dérobée, et Reginald Front-de-Bœuf entra dans la chambre. Ce ne fut pas sans se faire violence que Cedric s’inclina devant l’orgueilleux baron, qui lui rendit son salut par une légère inclination de tête.

« Vos pénitents, mon père, ont fait une longue confession : mais tant mieux pour eux ! car c’est la dernière qu’ils feront. Les as-tu préparés à la mort ?

— Je les ai trouvés dans les meilleures dispositions, » répondit Cedric en mauvais français ; « ils s’attendent à tout depuis qu’ils savent au pouvoir de qui ils sont tombés.

— Si je ne me trompe, frère, reprit Front-de-Bœuf, il me semble que ton jargon sent diablement le saxon ?

— J’ai été élevé dans le couvent de Saint-Withold de Burton, répondit Cedric.

— Tant pis. Il vaudrait mieux pour toi que tu fusses né Normand, ce qui conviendrait beaucoup mieux aussi à mes desseins ; mais dans la conjoncture actuelle je n’ai pas la liberté du choix. Ce couvent de Saint-Withold de Burton est un nid de hiboux qui mérite la peine que l’on prendra à le dénicher : le jour n’est pas éloigné où le froc ne protégera pas plus le Saxon que ne le protège la cotte de mailles.

— Que la volonté de Dieu soit faite ! » dit Cedric d’une voix tremblante de colère, ce que Front-de-Bœuf attribua à la crainte.

« Tu crois voir déjà nos hommes d’armes dans ton réfectoire et dans tes celliers ! Mais j’ai un service à réclamer de ton saint mi-