Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/257

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« Qui es-tu et d’où viens-tu, père ? dit-il.

Pax vohiscum ! répéta le fou ; je suis un pauvre serviteur de saint François, qui, voyageant à travers ces lieux sauvages, suis tombé entre les mains des brigands ; quidam viator incidit in latrones, comme dit l’Écriture ; lesquels brigands m’ont envoyé dans ce château pour y remplir mon ministère spirituel auprès de deux personnes condamnées par votre honorable justice.

— Fort bien, saint père. Mais, dis-moi, quel est le nombre de ces bandits ?

— Loyal seigneur, nomen illis Legio, leur nom est Légion.

— Dis-moi clairement quel est leur nombre, ou, tout prêtre que tu es, ton froc et ton cordon ne te sauveraient pas de ma colère.

— Hélas ! eructavit cor meum, ce qui veut dire que j’étais presque mort de peur ; mais je présume qu’ils peuvent être cinq cents, tant archers que paysans.

— Quoi ! » dit le templier qui entrait au même instant, « les guêpes se montrent-elles en aussi grand nombre ? il est temps d’étouffer cette maligne engeance. » Prenant alors Front-de-Bœuf à part : « Connais-tu ce prêtre ? lui demanda-t-il.

— Il est d’un couvent éloigné, répondit-il, je ne l’ai jamais vu.

— Alors ne lui confie pas ton message de vive voix ; qu’il porte à la compagnie franche de de Bracy un ordre par écrit de venir sur-le-champ au secours de son capitaine. En attendant, et pour que ce tondu n’ait aucun soupçon, donne-lui toute liberté d’exercer les fonctions de son ministère auprès de ces pourceaux de Saxons avant que nous les mettions à mort.

— C’est ce que je vais faire, répondit Front-de-Bœuf ; et il ordonna à un domestique de conduire Wamba à l’appartement où Cedric et Athelstane étaient enfermés.

— Cette détention, loin de modérer l’impatience de Cedric, l’avait portée à son comble. Il marchait à grands pas, semblable à un homme qui charge l’ennemi ou qui s’apprête à monter sur la brèche, tantôt se parlant à lui-même, tantôt s’adressant à Athelstane, qui, avec une fermeté vraiment stoïque, attendait l’issue de cette aventure, digérant tranquillement le copieux repas qu’il avait fait à midi, et s’inquiétant fort peu de la durée de sa captivité, qui, concluait-il, devait finir, comme tous les maux d’ici-bas, quand il plairait à Dieu,

« Pax vobiscum ! » dit le fou en entrant et en déguisant sa