Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/255

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— Que la peste te crève, toi et ton avis, s’écria le bon ermite : je te dis, sire chevalier Fainéant, que lorsque j’ôte mon froc de moine, je laisse avec lui ma prêtrise, ma sainteté et mon latin, et que, sitôt que je suis vêtu de mon justaucorps vert, j’aime mieux tuer une vingtaine de cerfs que de confesser un chrétien.

— Je crains, dit le chevalier Noir, je crains grandement qu’il n’y en ait pas un parmi vous qui veuille prendre le caractère et jouer le rôle de confesseur. »

Tous se regardèrent en silence.

« Je vois, » dit Wamba après une courte pause, « je vois que le fou doit être toujours fou, et qu’il lui faudra risquer sa tête dans une aventure qui fait trembler les sages. Sachez donc, mes chers cousins et compatriotes, qu’avant de porter l’habit bariolé, j’ai porté la robe brune, et que j’allais me faire moine, état pour lequel j’avais été élevé, quand je m’aperçus que j’avais assez d’esprit pour être un fou. Je ne doute nullement qu’à l’aide du froc du bon ermite, et surtout de la sainteté et de la science cousues dans son capuchon, je ne sois propre à porter toutes les consolations terrestres et spirituelles à notre digne maître Cedric et à ses compagnons d’infortune.

— Crois-tu qu’il ait assez de bon sens pour un tel rôle ? » dit le chevalier Noir en s’adressant à Gurth.

« Je n’en sais rien, répondit celui-ci ; mais s’il ne réussit pas, ce sera la première fois qu’il aura manqué de l’esprit nécessaire pour tirer parti de sa folie.

— Allons, endosse promptement le froc, mon bon ami, dit le chevalier à Wamba, et que ton maître nous rende un compte fidèle de l’état du château. Ses défenseurs doivent être peu nombreux, et il y a cinq à parier contre un qu’une attaque aussi prompte que hardie nous en rendrait bientôt maîtres ; mais le temps presse, pars.

— En attendant, dit Locksley, nous serrerons la place de si près, qu’il n’en sortira pas une mouche pour porter des nouvelles. Ainsi, mon bon ami, » continua-t-il en s’adressant à Wamba, « tu peux assurer ces tyrans que, s’ils exercent quelque violence contre leurs prisonniers, nous en tirerons une vengeance qui leur coûtera cher.

Pax vobisciun ! » dit Wamba, qui déjà était affublé de son travestissement religieux. En parlant ainsi il imita la démarche solennelle et imposante d’un moine, et partit pour exécuter sa mission.