Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/251

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Il y a dans cette forêt nombre de brigands qui attendent le moment de se venger de la protection que j’accorde aux daims et aux cerfs. J’ai un jour fait attacher un de ces misérables, pris sur le fait, aux cornes d’un cerf sauvage qui en cinq minutes le mit à mort ; et pour cela on a tiré sur moi autant de flèches qu’il en a été décoché sur le bouclier qui servait de but aux archers à Ashby. Ici, l’ami, » ajouta-t-il en parlant à un de ses écuyers ; « as-tu envoyé aux environs pour reconnaître les forces de ceux qui s’apprêtent à soutenir un cartel si extraordinaire ?

— Il y a au moins deux cents hommes réunis dans les bois, » répliqua un écuyer de service.

« Voilà une belle affaire ! dit Front-de-Bœuf ; je me la suis attirée en vous prêtant mon château pour vous faire plaisir. Vous vous êtes conduits avec tant de circonspection que vous avez attiré autour de mes oreilles cet essaim de guêpes.

— De guêpes ? répliqua de Bracy : dis plutôt de bourdons sans dard ! Une bande de fainéants et de vauriens qui, au lieu de travailler pour gagner leur pain, vivent dans les bois en détruisant le gibier et en détroussant les voyageurs ! Ce sont de vils bourdons, vous dis-je : ils n’ont pas de dard.

— Pas de dard ! répliqua Front-de-Bœuf : et qu’est-ce donc que ces flèches fourchues, longues d’une aune, et qu’ils lancent avec une telle adresse qu’elles ne manquent jamais leur but, ne fût-il pas plus large qu’une demi-couronne ?

— Fi donc ! sire chevalier, dit le templier ; appelons nos gens, et faisons une sortie. Un chevalier, un seul homme d’armes suffit contre vingt de ces paysans.

— Bien certainement, répliqua de Bracy ; je rougirais de mettre seulement ma lance en arrêt contre de tels rustauds.

— Tout cela serait fort bon, répondit Front-de-Bœuf, s’il s’agissait de Turcs ou de Maures, sire templier, ou de ces gueux de paysans français, très vaillant de Bracy ; mais nous avons affaire à des archers anglais, sur lesquels nous n’aurons d’autre avantage que celui que nous tirons de nos armes et de nos chevaux, avantage à peu près nul dans une forêt. Vous parlez de faire une sortie ! À peine avons-nous le nombre d’hommes nécessaires pour la défense du château. Les plus braves de mes gens sont à York, ainsi que les vôtres, de Bracy ; à peine nous en reste-t-il une vingtaine, sans y comprendre ceux qui vous accompagnaient dans votre folle entreprise.