Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/231

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— Lady Rowena, tu me donnes là un excellent conseil ; et avec une hardiesse de discours qui répond à la hardiesse de mes actions, je te dis, moi, que tu ne sortiras de ce château qu’en qualité d’épouse de Maurice de Bracy. Je ne suis pas accoutumé à échouer dans mes entreprises, et un noble normand n’a pas besoin de justifier scrupuleusement sa conduite envers une Saxonne qu’il honore en lui offrant sa main. Tu es fière, Rowena, et tu n’en es que plus digne d’être ma femme. Par quel moyen pourrais-tu être élevée à un rang distingué et aux honneurs qui y sont attachés, si ce n’est par mon alliance ? Par quel autre moyen pourrais-tu sortir de l’enceinte d’une vile grange où les Saxons logent avec les pourceaux qui font toute leur richesse, pour prendre une place dans laquelle tu recevras les honneurs qui te sont dus, au milieu de tout ce que l’Angleterre a de plus distingué par la beauté, de plus respectable par la puissance ?

— Sire chevalier, cette grange que vous méprisez a été ma demeure depuis mon enfance, et soyez bien sûr que lorsque je la quitterai, si jamais je la quitte, ce sera pour quelqu’un qui ne méprisera ni l’habitation ni les mœurs dans lesquelles j’ai été élevée.

— Je vous entends, lady, quoique vous pensiez peut-être que vos expressions sont trop obscures pour mon intelligence. Mais ne vous flattez pas de l’espoir que Richard Cœur-de-Lion remonte jamais sur son trône, et encore moins que Wilfrid d’Ivanhoe, son favori, vous conduise jamais à ses pieds pour être saluée comme l’épouse de son ami. Tout autre pourrait, en touchant cette corde, éprouver de la jalousie ; mais ma ferme résolution ne saurait être changée par une passion sans espoir, et qui n’est à mes yeux qu’un enfantillage. Sachez, lady, que ce rival est en mon pouvoir, et qu’il ne tient qu’à moi de révéler le secret de sa présence dans le château de Front-de-Bœuf : la jalousie de ce baron lui deviendrait plus funeste que la mienne.

— Wilfrid ici ! » dit Rowena avec dédain ; « cela est aussi vrai qu’il l’est que Front-de-Bœuf est son rival. »

De Bracy fixa un instant les yeux sur elle.

« L’ignoriez-vous réellement ? dit-il. Ne saviez-vous pas qu’il voyageait dans la litière du Juif ? voiture très convenable en vérité pour un croisé dont le bras devait reconquérir le saint Sépulcre ! » et il se mit à rire d’un air de mépris.

« Et s’il est ici, » dit Rowena s’efforçant de prendre un ton d’indifférence, sans toutefois pouvoir s’empêcher de trembler de