Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/216

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— L’envoyé, » continua Cedric avec feu, malgré le peu d’intérêt que son ami prenait à son histoire, « s’en retourna tout confus porter cette noble réponse à Tosti et à son allié. Ce fut alors que les tours éloignées d’York et les flots du Derwent[1] furent témoins de cet horrible combat dans lequel, après avoir déployé la plus insigne valeur, le roi de Norwége et Tosti succombèrent tous deux avec dix mille de leurs plus braves soldats. Qui aurait pensé que ce beau jour, qui éclairait un semblable triomphe, voyait aussi voguer la flotte normande, qui allait débarquer sur les côtes du comté de Sussex ? Qui aurait pensé que Harold, peu de jours après, n’aurait plus de royaume, et n’aurait pour toute possession que les sept pieds de terre que, dans sa noble indignation, il avait concédés au Norwégien envahisseur ? Qui eût pensé que vous, noble Athelstane, vous né du sang de Harold, et que moi dont le père ne fut pas un des plus faibles défenseurs du trône saxon, nous serions un jour prisonniers d’un vil Normand, dans le lieu même ou nos ancêtres assistaient à de pareils banquets ?

— Cela est assez fâcheux, répondit Athelstane ; mais j’aime à croire que nous en serons quittes pour une rançon raisonnable. Dans tous les cas, il ne peut y avoir de leur part aucun dessein de nous affamer ; et cependant, bien qu’il soit près de midi, je ne vois pas arriver le dîner. Regardez à cette fenêtre, noble Cedric, et assurez-vous si les rayons du soleil n’indiquent pas midi sur le cadran.

— Cela peut être, répondit Cedric ; mais je ne puis regarder cette fenêtre, sans qu’il me vienne des réflexions bien différentes de celles qui ont rapport à notre état présent. Quand on construisit cette fenêtre, mon noble ami, nos dignes ancêtres ne connaissaient

  1. Une grave erreur typographique avait été commise ici dans les premières éditions. Il y était dit que la sanglante bataille à laquelle il est fait allusion dans le texte, livrée et gagnée par le roi Harold contre son frère, le rebelle Tosti, et ses forces auxiliaires, Danois et Norses (habitants des îles Orcades), avait eu lieu à Stamford, dans le comté de Leicester, et sur la rivière de Welland. L’auteur avait commis cette faute en se confiant à sa mémoire et en confondant deux endroits du même nom. Le Stamford, Strangford ou Stamford, où fut donnée la bataille, est un gué sur la rivière de Derwent, à sept milles d’York. On y voit encore des débris ou piliers d’un pont en bois sur lequel on se battit avec acharnement. Un seul Norwégien, nouvel Horatius Codés, le défendit long-temps ; mais enfin, percé, à travers les planches, par la lance d’un soldat qui se trouvait sur un bateau sous ce pont, il succomba.
    Dans le voisinage de Stamford sur la Derwent on retrouve encore plusieurs vestiges de la bataille, tels que des fers de chevaux, des épées et des têtes de hauberts ; un endroit s’appelle la Fontaine du Danois, et l’autre la Plaine de la Bataille.