Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/210

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de bruit que tout un couvent, la veille d’une fête, quand l’abbé est allé se mettre au lit. Venez aussi, mes dignes maîtres ; ne nous amusons pas à causer davantage. Il faut réunir toutes nos forces ; elles nous seront nécessaires si nous devons donner l’escalade au château de Reginald Front-de-Bœuf.

— Quoi ! dit le chevalier Noir, est-ce Front-de-Bœuf qui arrête sur les grands chemins les sujets de son roi ? Est-il devenu oppresseur et brigand ?

— Oppresseur ! il l’a toujours été, répliqua Locksley.

— Et pour brigand, reprit l’ermite, je doute si jamais il a été moitié aussi honnête homme que bien des voleurs de ma connaissance.

— En avant, chapelain, en avant, et tais-toi ! dit l’archer ; il s’agit d’arriver promptement au lieu du rendez-vous, et non de s’amuser à dire ce que la décence ou la prudence devrait faire couvrir d’un voile. »


CHAPITRE XXI.


Hélas ! combien d’heures, de jours, de mois et d’années ont passé depuis que les humains se sont assis à cette table, où la lampe et le flambeau brillaient sur sa riche étendue ! Il me semble ouïr la voix des temps passés murmurer encore sur nous dans le vide immense de ces sombres arcades, comme les accents mélancoliques de ceux qui depuis long-temps sommeillent dans la nuit du tombeau.
Joanna de Baillie, Orra, tragédie.


Tandis que l’on prenait en faveur de Cedric et de ses compagnons les mesures dont il vient d’être parlé, les hommes armés qui les avaient faits prisonniers les conduisaient vers la place de sûreté destinée à leur servir de prison. Mais la nuit étant sombre, et les sentiers de la forêt n’étant connus qu’imparfaitement de ces nouveaux maraudeurs, ils furent obligés de faire plusieurs haltes, et même une ou deux fois de retourner sur leurs pas pour retrouver la direction qu’ils devaient suivre. Les premiers rayons de l’aurore vinrent enfin les aider à reprendre la bonne voie ; et dès ce moment ils marchèrent d’un pas plus sûr et plus rapide. Le dialogue suivant s’établit alors entre les deux chefs des prétendus outlaws :