Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/199

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Deux mules porteront la litière, et nous donnerons un cheval à ce vieillard et un à sa fille. »

Cedric consentit à cet arrangement, et Athelstane n’ajouta qu’une condition, c’est-à-dire que ces nouveaux compagnons se tiendraient à l’arrière-garde, « où Wamba, dit-il, a toujours, je le présume, son bouclier de jambon pour se mettre à l’abri de leur contact.

— J’ai laissé mon bouclier dans l’arène, répondit le bouffon, et beaucoup de chevaliers en ont fait tout autant que moi. »

Athelstane rougit sans oser répliquer, car il avait aussi perdu son bouclier dans le tournoi de la veille ; et lady Rowena, qui n’était point fâchée de cette plaisanterie sur le courage de son brutal adorateur, permit à Rébecca de cheminer à ses côtés. « Il ne conviendrait pas que j’acceptasse cette place, » reprit la juive avec une noble humilité, « puisque ma compagnie pourrait paraître peu digne de ma protectrice. »

Cependant on déchargeait le bagage avec promptitude, car le seul nom d’outlaws donnait à tout le monde un surcroît d’activité, et l’obscurité de la nuit faisait résonner ce mot d’une manière plus alarmante encore. Au milieu de ce tumulte, le gardeur de pourceaux fut descendu de son cheval, opération pendant laquelle il se plaignit à son ami le bouffon que les cordes qui liaient ses mains lui causaient une grande souffrance. Wamba consentit à les relâcher ; mais, soit négligence ou intention, il les rattacha avec si peu de précaution que Gurth trouva bientôt moyen de s’en débarrasser : se glissant alors dans l’épaisseur du bois, il disparut.

Dans la confusion inséparable de ces changements, on fut quelque temps avant de s’apercevoir de l’évasion de Gurth, car il devait faire le reste du voyage sous la surveillance d’un autre domestique et en croupe derrière lui ; et chacun pensant qu’il se trouvait avec un autre, on ne remarqua pas son absence. D’ailleurs, on s’attendait à chaque instant à voir paraître les outlaws, et cette crainte était plus que suffisante pour qu’on fît peu d’attention au gardeur de pourceaux.

Le sentier que suivaient nos voyageurs devint alors si étroit qu’il était impossible à plus de deux cavaliers d’y passer de front et il commençait à descendre dans un vallon traversé par un ruisseau dont les bords étaient crevassés, marécageux et couverts de petits saules. Cedric et Athelstane, qui marchaient en tête de la troupe commencèrent à craindre d’être attaqués en cet endroit ; mais ils n’avaient d’autre moyen pour éviter le péril que d’accélérer la mar-