Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/193

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siffler en l’air avec toute la méchanceté, toute la rage de celui qui l’avait lancée, et après avoir été violemment fixée au sol, elle frémissait encore, comme si elle eût regretté d’avoir manqué son but. Par le pourceau chéri de saint Antoine, je ne veux plus le servir ! »

Après ces paroles, Gurth se renferma dans un silence morne et tellement profond, que toutes les facéties du jovial Wamba ne purent le lui faire rompre de long-temps.

Cedric et Athelstane, qui marchaient à la tête de la troupe, s’entretenaient de la situation du pays, des dissensions élevées dans la famille royale, des querelles féodales de la noblesse normande, et de la chance qui s’offrait aux Saxons opprimés de secouer le joug de l’étranger, ou du moins de profiter de ces convulsions intestines pour se rendre redoutables aux vainqueurs, sujet pour lequel Cedric était tout enthousiasme. Le rétablissement des franchises de sa race était en effet devenu l’utopie chérie de son cœur, et il y eût sans peine sacrifié son bonheur domestique et les intérêts de son fils. Mais pour opérer cette révolution en faveur des Anglais indigènes, il fallait qu’il régnât entre eux un parfait accord, et qu’ils agissent de concert sous un chef reconnu. La nécessité de prendre ce chef parmi les Saxons du sang royal était non seulement évidente, mais elle était une condition formelle de ceux à qui Cedric avait confié ses secrets desseins et ses plus chères espérances. À défaut d’autres avantages, Athelstane avait au moins ce titre, et quoiqu’il possédât peu des talents nécessaires à un chef de parti, il avait un extérieur imposant, un certain degré de bravoure, l’habitude des exercices militaires, et, de plus, il paraissait disposé à déférer aux avis de conseillers plus expérimentés que lui. Enfin, il était connu pour libéral, hospitalier, et doué d’un bon naturel. Cependant, quels que fussent les droits d’Athelstane à se présenter comme le chef de la confédération saxonne, le plus grand nombre penchaient pour lady Rowena, qui descendait en ligne directe d’Alfred-le-Grand, et dont le père avait été un guerrier renommé par sa prudence, son courage, sa générosité. La mémoire de ce chef était toujours chère à ses compatriotes opprimés.

Il n’eût pas été difficile à Cedric, s’il l’eût voulu, de se mettre à la tête d’un troisième parti, qui aurait été non moins redoutable que les autres. S’il n’était pas du sang royal, il avait du courage, de l’activité, de l’énergie, et par dessus tout, ce dévoûment sans bornes à la cause nationale, qui lui avait valu le surnom de Saxon ; et sa naissance ne le cédait qu’à celle d’Athelstane et de lady Ro-